
Source : Argent - Ça y est, l’année scolaire est terminée. Une cohorte d’un demi-million d’étudiants et de jeunes travailleurs s’apprête à occuper un emploi d’été ou à se lancer pour de bon sur le marché du travail. Moins expérimentés que leurs aînés et souvent lancés au travail sans formation en prévention des accidents, ces jeunes sont beaucoup plus exposés que leurs aînés aux accidents du travail. Des dizaines de milliers d’entre eux seront estropiés, coupés ou écrasés !
Récemment, à Québec, des centaines d’experts en santé et sécurité au travail se sont réunis pour discuter des préoccupations du jour dans ce domaine. Nous en avons parlé avec Alexandra Reny, porte-parole de la Commission de la santé et de la sécurité du travail du Québec (CSST).
Argent : Quel est le bilan de la santé et de la sécurité du travail au Québec?
Alexandra Reny : Les derniers chiffres montrent une amélioration : malgré une augmentation du nombre d’heures travaillées en 2008, il y a eu 108 700 accidents, soit 3000 de moins que l’année précédente. C’est réjouissant.
Argent : Et combien de morts?
Alexandra Reny : Leur nombre s’est élevé à 195. C’est moins que les 207 de l’année précédente, mais la diminution est attribuable à l’attrition des travailleurs atteints de maladies – telle l’amiantose – contractées à une époque au cours de laquelle on se souciait moins de santé au travail.
Argent : À quoi peut-on attribuer cette amélioration générale?
Alexandra Reny : Je crois qu’une bonne part vient des campagnes de sensibilisation que nous menons avec nos partenaires, notamment les associations paritaires sectorielles. Celles-ci produisent des guides de prévention très utiles.
Argent : Vos messages publicitaires à la télévision nous montrent des scènes d’accidents assez troublantes… Est-ce qu’il faut être aussi direct pour atteindre les gens?
Alexandra Reny : Les scénarios de ces messages sont basés sur de vrais accidents. Les publicités que nous venons de diffuser à la télévision visent justement à sensibiliser les employeurs et les jeunes travailleurs. Les vacances scolaires commencent. À chaque année, 500 000 jeunes travailleurs font leurs premiers pas sur le marché du travail. Or, à chaque année, environ 20 000 de ces jeunes de moins de 24 ans sont victimes d’accidents du travail. Proportionnellement cela représente 30 % plus de chances d’être victime d’un accident de travail qu’un travailleur expérimenté.
Argent : Récemment, la CSST a organisé à Québec un Forum sur la santé et sécurité du travail. Environ 1300 experts en santé et sécurité du travail s’y trouvaient. A-t-on créé une véritable industrie de la santé et de la sécurité au travail?
Alexandra Reny : On assiste en effet au développement de tout un secteur d’expertise en matière de santé et de sécurité du travail. On compte aujourd’hui des consultants spécialisés dans ce domaine ainsi que des fabricants d’équipement et de matériel de protection. Il y a de plus en plus de « concret » dans notre domaine et le Forum est un endroit où chacun a pu faire le point. Année après année, la clientèle du Forum s’accroît. Et comme il y a des solutions commercialisables, on y brasse de plus en plus d’affaires. On s’échange beaucoup de cartes d’affaires et l’on y fait du réseautage.
Argent : Si l’on se fie aux conversations qu’on a tenues au Forum, une des préoccupations de l’heure concerne la santé mentale : stress, épuisement professionnel harcèlement psychologique, notamment. Est-ce un problème majeur de santé et sécurité au travail?
Alexandra Reny : Oui, il s’agit d’un véritable problème. Et on pourrait ajouter à votre énumération le phénomène du technostress. Le principal problème que la CSST rencontre, en matière de santé mentale, c’est la difficulté d’établir clairement un lien entre la maladie mentale et le milieu de travail. La Commission est un assureur chargé d’indemniser les victimes d’accidents du travail ou de maladies contractées dans le cadre de son travail. Nous devons toujours nous assurer que la perte à indemniser découle bel et bien du milieu de travail. Lorsqu’un travailleur se prend la main dans une machine, c’est clair. Mais, comment déterminer si le burn-out d’une infirmière ou d’un policier n’est pas du, en réalité à sa situation familiale ? Ce n’est pas toujours clair.
[ 22-06-2009 ]