En effet, la jeune femme vient de décrocher un poste de rêve comme directrice de projet au Club des producteurs européens. L’organisme professionnel la dépêche aux quatre coins de la planète pour organiser des événements de soutien à ses membres pendant les festivals de films internationaux. «C’est trop beau pour être vrai», lance-t-elle au bout du fil depuis Paris, encore émue de sa propre chance. «Tout cela grâce à un ami qui m’a mise en contact avec une connaissance de ma patronne!» Ainsi va sa vie : chaque fois qu’elle pose le pied quelque part, c’est comme si un tapis rouge se déroulait devant elle. Personne ne sera donc surpris d’apprendre qu’elle a aussi rencontré son prince charmant dans la Ville Lumière.
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Au milieu du siècle dernier, le poète et romancier américain Tennessee Williams a écrit : «La chance, c’est croire qu’on est chanceux.» Bien sûr, personne n’échappe aux coups du destin – perte d’un être cher, panne de voiture, chute des actions boursières, problème de santé, accident, etc. L’important, c’est la façon dont on y répond, croyait-il, tout comme Richard Wiseman. L’exemple de Garri Holness, rescapé des attentats sanglants de Londres en juillet dernier, est à cet égard révélateur. L’homme, qui s’en est tiré avec une amputation de la jambe gauche, répète inlassablement qu’il se considère comme «incroyablement chanceux».
L’anthropologue Bernard Arcand, professeur à l’Université Laval et conférencier pour Archétypes-Inter, une entreprise de consultants en développement des compétences humanistes et interculturelles, croit pour sa part que la chance intervient plutôt là où la raison scientifique nous fait défaut. «Souvent, quand on ne parvient pas à expliquer rationnellement un phénomène, on fait appel à la superstition ou encore à la sorcellerie, explique-t-il. Même le célèbre physicien Niels Bohr avait accroché un fer à cheval au-dessus de sa porte d’entrée. Il disait simplement : “Ça ne peut jamais nuire!”»
Et au Québec, qu’en est-il? Sommes-nous plus superstitieux que les autres? Pas sûr : selon Statistique Canada, chaque ménage a consacré en moyenne 234 $ aux jeux de hasard en 2003, alors que la moyenne nationale est de 272 $. «On a souvent tendance à penser que le Québec est terriblement différent d’ailleurs, dit Bernard Arcand. Dans les faits, c’est faux. Nous ne croyons ni plus ni moins à la chance.» Peut-être cultivons-nous plutôt une foi en la malchance. Car, remarque-t-il, les Québécois se surassurent – contre le feu, le vol, le vandalisme, etc. – comme s’ils étaient culturellement plus vulnérables ou plus craintifs. «C’est l’envers de la chance. On fait tout pour que le feu ne prenne pas. Une malchance est si vite arrivée!»
Polyvalence, habiletés relationnelles, aptitude à travailler en équipe, flexibilité, capacité d’analyse et de synthèse, goût du travail… Voilà autant de qualités que tout bon candidat doit idéalement posséder pour courir «la chance» d’être embauché. Le chercheur explique qu’après la récession de 1979-1982, les entreprises ont développé des modes de fonctionnement davantage fondés sur la flexibilité des outils de production et la polyvalence de la main-d’œuvre. «Ces développements conditionnent une manière de travailler en équipe. Les rapports avec les collègues deviennent de plus en plus nombreux, les groupes de résolution de problème prennent de l’importance et les tâches sont plus diversifiées. Tout cela renvoie à un ensemble d’aptitudes.»
Quiconque souhaite les acquérir avant d’entrer sur le marché du travail aura le loisir de le faire, par exemple, en participant à la vie associative de son école ou aux activités parascolaires. «Ce n’est pas pour rien que, dans les entrevues d’embauche, on pose plein de questions sur les activités parallèles à celles menées au travail. On essaie de mesurer ces aptitudes de base qui font que vous pouvez fonctionner dans un monde de plus en plus marqué par la flexibilité.»
![]() Stéphane Brisebois |
Voilà le genre d’aptitudes qui ont récemment joué en faveur de Stéphane Brisebois, un entrepreneur de 37 ans qui a appris le métier de gestionnaire sur le tas. Si l’une de ses entreprises a échoué, d’autres ont si bien marché qu’il a pu se permettre de mettre la clé sous la porte et de voyager pendant près de deux ans! En 2005, sans diplôme de management et trentième candidat en lice pour un poste de gestion de programme chez Bombardier, il a réussi à faire pencher la balance en sa faveur.
«Pour obtenir ce poste, je me suis tapé des livres de gestion de haut niveau et j’ai passé une entrevue qui a duré quatre heures, se souvient-il. Quand on m’a demandé comment je ferais pour gérer mes frustrations, j’ai répondu : en jouant du piano avant de dormir! Ça a fait rire mon interlocuteur!» Et par «chance», Stéphane a décroché l’emploi.