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Compétences clés

Réveillez votre chance (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 1 janvier 2006

Impartiale, la chance?

Selon Mona-Josée Gagnon, professeure de sociologie du travail à l’Université de Montréal, le concept de la chance fait fi d’une question fondamentale, celle des inégalités sociales. «Richard Wiseman [l’auteur du livre Notre capital chance] met trop l’accent sur les acteurs en évacuant les effets structurels, clame la sociologue. Il place tout le monde sur la même case de départ, alors qu’on est tous marqués par nos origines socio-familiales et nationales.» À son avis, le capital chance n’est pas le même selon que nous habitons au Darfour ou au Canada, que nous soyons homme ou femme, blanc ou noir. «On nage dans les inégalités. La chance renvoie nécessairement au milieu d’appartenance, à l’identité.»

Dans ce cas, la bonne fortune serait-elle conjoncturelle? «Hormis les traits de personnalité qui peuvent sans doute nous aider à réussir – confiance en soi, optimisme… – la question de l’héritage social détermine notre succès ou insuccès», poursuit-elle.

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En somme, soutient Mona-Josée Gagnon, le livre de Wiseman vise à faire accepter l’inacceptable, soit les inégalités qui rongent le quotidien. «Les statistiques le prouvent : les inégalités subsistent en matière d’accès à l’éducation, de classes sociales, de groupes ethniques, etc. Le marché du travail est lui aussi inégalitaire. Il ne traite pas les générations de la même façon», dit-elle. À son avis, devant un marché du travail bouché, la génération X a engendré son lot de losers, alors que celle des baby-boomers regorge de winners, lesquels ont profité de conditions de travail exceptionnelles. «La capacité d’être rigoureux, de prendre de bonnes décisions est liée au fait qu’on a réfléchi, qu’on a acquis des méthodes de travail intellectuel. L’éducation y est pour beaucoup.» Encore faut-il qu’on y ait eu accès.

Le pouvoir de l’intuition

La capacité de prendre de bonnes décisions, gage de chance, repose en grande partie sur l’intuition, estime pour sa part Malcolm Gladwell, un intellectuel fort en vue aux États-Unis, notamment auteur de Le point de bascule (Éditions Transcontinental). Pourquoi certaines personnes font toujours des choix judicieux, alors que d’autres prennent sans cesse le mauvais chemin? Pourquoi certains n’ont qu’à suivre leur instinct pour réussir, alors que d’autres ne font que s’enfoncer dans l’erreur? L’intuition n’est pas un don magique que seuls quelques chanceux possèdent, croit Gladwell. C’est une habileté qu’il est possible de développer, insiste-t-il dans son dernier et brillant ouvrage Intuition, publié chez le même éditeur.

«Avec l’expérience, on finit par exceller dans l’interprétation et le décodage des jugements éclair et des premières impressions», écrit-il. À son avis, l’intuition peut se révéler un outil beaucoup plus puissant qu’une longue analyse réfléchie.

C’est que devant une situation inattendue, l’inconscient passe en mode de «balayage superficiel» qui consiste à se concentrer sur l’essentiel et à filtrer l’information. C’est cette faculté que Gladwell juge extrêmement puissante et importante dans le processus de prise de décision rapide. «L’être humain a cette faculté d’aller très rapidement au cœur des choses à partir d’indices qu’il capte en surface, affirme-t-il. La perspicacité et l’instinct font faire des pas de géant à la pensée.» Il n’en demeure pas moins que ces aptitudes demeurent précaires et doivent être cultivées.

Comment faire pour être plus intuitif, donc plus chanceux? En évitant le jugement hâtif basé sur l’apparence physique et en étant plus sélectif dans le balayage superficiel lorsqu’on rencontre des gens pour la première fois. Il faut donc se fier davantage aux indices non verbaux – expressions faciales, langage corporel, timbre de la voix… – et apprendre à se mettre dans la peau de l’autre. Cette théorie sur les décisions instantanées basées sur l’intuition fait boum chez nos voisins du sud, de plus en plus nombreux à la mettre en pratique en entreprise.

Pour Daniel Mercure, professeur de sociologie du travail à l’Université Laval, l’intuition est une forme de lecture de notre environnement qui renvoie à nos mécanismes de défense et met en cause nos préjugés. Bien que, selon lui, elle soit moins valable que le raisonnement, il estime toutefois qu’elle ne doit pas être mise de côté. «L’intuition doit être prise en considération pour développer le raisonnement», dit-il. La meilleure façon d’améliorer cette faculté consiste, selon lui, à ouvrir ses horizons. «Le bénéfice de l’intuition, c’est de nous faire voir l’inattendu.»

Nicole Tarazi

Intuitive, Nicole Tarazi l’est beaucoup, et elle se sert de cette faculté pour cultiver sa bonne fortune. Chargée de projets chez Le Clan, société de marketing, promotion et publicité, sa chance à elle n’a rien d’extravagant : un mari qu’elle adore, un projet d’avoir des enfants, des amitiés durables et un boulot satisfaisant.

«Je pense que j’ai de la chance parce que la majorité du temps je suis heureuse... et je fais tout pour l’être.»
— Nicole Tarazi, 32 ans, chargée de projet, Le Clan

Lors des sessions de remue-méninges au travail, elle se laisse souvent guider par son sixième sens. «Quand j’ai à proposer des idées, je me laisse guider par mon intuition. Je n’arrive pas toujours à expliquer comment une telle idée a jailli dans mon esprit, car c’est au-delà de la raison!» Elle y voit un atout qu’elle tente de transférer à chaque aspect de sa vie. «Lorsque j’ai un doute, je m’arrête et me questionne. Sans chercher la bête noire, je reste à l’écoute de mon intuition. J’essaie de ne rien forcer et les réponses à mes problèmes se présentent d’elles-mêmes.» Elle s’estime chanceuse parce que la plupart du temps, elle est heureuse… et elle s’arrange pour le rester.

Vue sous cet angle, la chance ne ferait pas de discrimination systématique. Ainsi, elle serait accessible à tous, en échange d’un peu d’efforts et, qui sait, d’un esprit ouvert à ce qui peut parfois ressembler à des clins d’œil du destin.


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