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Compétences clés

Qu’est-ce qu’un loser?

Vrai que certains individus ont le don de se mettre les pieds dans les plats, du moins de laisser passer les occasions favorables. Comme si le destin s’acharnait contre eux. Pourquoi diable les choix de ces infortunés chroniques se révèlent-ils aussi mal avisés? En somme, qu’est-ce qu’un loser?

par Mylène Tremblay


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 1 janvier 2006

Pendant les huit années où il a étudié pourquoi certaines personnes ont de la chance et d’autres non, le psychologue britannique Richard Wiseman a conçu une expérience toute simple. Il a demandé à ses cobayes, filmés à leur insu, de se rendre dans un café à des heures différentes et de l’y attendre patiemment. À l’entrée du restaurant, il avait placé cinq livres sterling (environ 10 dollars) sur la chaussée. Résultat : avant même le début de la rencontre, il savait que les répondants qui ramassaient le billet présentaient des caractéristiques positives les distinguant des losers, ceux qui sont convaincus d’avoir la poisse.

Dans son livre à succès Notre capital chance (éditions JC Lattès), Richard Wiseman explique qu’un déveinard est celui qui affiche un profil à des années-lumière de celui à qui tout réussit : replié sur lui-même, tendu comme un arc, passé maître dans l’art de se faire du sang de cochon pour tout et rien, il se concentre davantage sur son nombril et ses petits bobos que sur le monde environnant. Qu’un obstacle lui bloque la route et le voilà reparti chez lui, sans même avoir songé à emprunter un itinéraire de rechange.

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De toute façon, poursuit Wiseman, il n’est pas du genre à suivre son intuition. Aux yeux du loser, écouter sa «voix intérieure» relève du mysticisme. Quant à ses rêves, ils dépassent rarement le stade de vagues fantasmes. Car le malheureux se croit frappé par la fatalité : quoi qu’il fasse, la poisse le pourchasse! Alors il baisse les bras.

La malchance s’explique sur le plan de la pathologie, pense pour sa part le psychologue Gilles M. Ouimet, qui pratique à Montréal. «Ceux qui ont de la difficulté à s’affirmer vont nécessairement se ramasser dans le fond du baril. Dès que le moindre élément de compétition se profile à l’horizon, ils préfèrent s’avouer vaincus. Systématiquement, rien ne leur réussit.» Parce qu’ils ont du mal à canaliser leur agressivité – moteur de la témérité, de l’ambition et du désir de compétition –, ils ne parviennent pas à remédier aux situations problématiques. Du coup, ils se retrouvent les premiers démunis face à l’adversité.

«Il faut apprendre aux jeunes à bien identifier leur colère – et non à la réprimer – pour qu’ils puissent l’utiliser adéquatement en cas d’agressions extérieures, conseille le psychologue. Les gens chez qui ce matériau est disponible sont ceux qui connaissent le succès.»

Le manque de curiosité contribue également à diminuer son capital chance. «Certains adultes, pour se protéger, ont tendance à nier la réalité, poursuit Gilles M. Ouimet. Quelqu’un qui se promène dans la vie comme un myope ne voit pas les possibilités qui s’offrent à lui et laisse passer les occasions.» Enfin, le loser affiche une méfiance toute naturelle à l’égard de la vie et des gens. En entrevue de sélection, il se montrera sur la défensive, ce qui n’a rien pour séduire les employeurs.

Bref, c’est pour les losers que Richard Wiseman a fondé l’École de la chance (The Luck Project School) dans les laboratoires de l’Université du Hertfordshire en Grande-Bretagne. Le spécialiste, qui a consacré une partie de sa vie à déboulonner les mécanismes de la chance, enseigne aux guignards des techniques fondées sur les quatre grands principes de la chance (voir Bréviaire pour un chanceux). Ce programme «testé scientifiquement» en laboratoire comporte des exercices visant à aider les malchanceux à avoir une vision différente d’eux-mêmes et de la vie, à croire au bonheur et au succès. Fallait y penser… et maintenant peut-être y croire.


Êtes-vous chanceux?
Choisissez la réponse qui vous semble la plus appropriée. Ne réfléchissez pas trop avant de répondre. (P.-S. : c’est ce qu’on appelle l’intuition!)

1. Jamais 2. Parfois 3. Je ne sais pas 4. Souvent 5. Toujours

• Je suis ouvert aux autres. Il m’arrive de piquer une jasette avec de parfaits inconnus lorsque je fais la queue au supermarché ou à la banque.

• J’ai de la facilité à m’affirmer et m’avoue rarement vaincu.

• Je ne suis pas du genre à me morfondre pour un rien et à me demander de quoi sera fait demain.

• Je suis enclin à essayer de nouveaux restos, à déroger de mon train-train quotidien, à monter à bord du premier avion en quête d’aventure...

• De nature curieuse, je ne suis pas du genre à marcher les yeux fermés.

• Je fais confiance à mes intuitions. Je les écoute et prends des décisions en conséquence.

• J’arrive à me mettre dans la peau de l’autre pour comprendre son point de vue.

• Il m’arrive de méditer, de me recueillir dans un endroit calme, de faire du yoga ou toute autre activité de relaxation.

• Je vois l’avenir avec optimisme.

• Je suis du type persévérant, je tente le tout pour le tout même si les probabilités de réussite sont minces.

• J’ai la certitude de faire de belles rencontres avec des personnes intéressantes, affables et bienveillantes.

• Il y a un côté positif à tout.

• Tout événement malheureux peut jouer en ma faveur et faire de moi le grand vainqueur.

• Je n’ai pas l’habitude de ruminer des jours durant des événements qui m’ont causé du tort.

• Il y a une leçon à tirer de ses erreurs.

Vous l’aurez compris, plus votre score est élevé, plus la chance vous sourit!

Score bas : de 0 à 30
Score moyen : de 31 à 56
Score élevé : de 57 à 75

Sources : Notre capital chance, Dr Richard Wiseman (JC Lattès), avec la collaboration de Gilles M. Ouimet, psychologue.


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