Ils ne savent pas dire non et accomplissent leur travail avec brio sans être appréciés à leur juste valeur. À tort ou à raison, ces bonnes pâtes encaissent l’insatisfaction alors qu’elles pourraient trouver mieux ailleurs. Quelques conseils pour s’affirmer face au patron… ou démissionner!

Mes collègues, et tous nos clients, me disent que je suis la meilleure réceptionniste qu’ils aient connue», dit Josée, une jeune femme de 35 ans. En plus de répondre à une trentaine d’appels par jour, elle reconnaît la voix de ses interlocuteurs et prend de leurs nouvelles. Elle distribue aussi le courrier, fait des photocopies, recueille des documents pour des clients ou des réunions, range les boîtes qui s’accumulent à la réception, assemble les meubles neufs qui arrivent, appelle les réparateurs quand la plomberie ou le chauffage flanchent et va jusqu’à remplir le lave-vaisselle quand la femme de ménage ne vient pas.
«Une bonne part de cela ne fait pas partie de mes tâches, mais si je ne le fais pas, personne ne le fera!» s’exclame cette employée modèle, qui travaille pour une entreprise de communication montréalaise.
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Josée adore ses collègues et a obtenu les augmentations salariales qu’elle a demandées. Mais elle reste profondément insatisfaite de son emploi. «Mes patrons ne me complimentent jamais sur mon travail et les hausses salariales devraient être automatiques», dit-elle. Malgré ses récriminations, elle reste en poste depuis plus de quatre ans… sans oser démissionner.
On s’en doute : quand on a les compétences pour aller voir ailleurs, rester accroché à une entreprise qui ne nous apprécie pas n’est pas la meilleure façon de faire avancer une carrière. Pas plus que d’attendre passivement que quelqu’un remarque notre travail acharné. Plutôt que de récompenser l’abnégation de leurs employés compétents, les patrons tiennent souvent leurs efforts pour acquis. «À force de se faire invisibles, ces travailleurs le deviennent», résume François Bernatchez, psychologue industriel et président de Gestion Carrières, une PME spécialisée dans la sélection de personnel.
Pourquoi ces employés se laissent-ils abuser alors qu’ils ont les compétences pour se faire embaucher ailleurs? «Ils connaissent mal leur valeur, leur personnalité ou leurs talents», estime Charles-Henri Amherdt, professeur au Département d’orientation professionnelle à l’Université de Sherbrooke. En clair, «ces personnes ont développé leur savoir-faire, mais pas leur savoir-être. Or, parce qu’elles ne savent pas très bien qui elles sont, elles n’ont pas idée de ce qu’elles pourraient devenir. C’est pour cela qu’elles se soumettent à des supérieurs qui profitent d’elles.»
Pour redécouvrir leurs talents et leur valeur, ces bons samaritains peuvent chercher l’aide d’un conseiller d’orientation ou d’un psychologue. «Ils peuvent aussi demander quelles sont leurs forces professionnelles à un collègue dont ils ne sont pas trop proches, afin de se garantir une réponse plus objective. Ce point de vue extérieur est généralement juste», croit François Bernatchez.
Pour obtenir davantage de satisfaction au travail, il faut d’abord savoir ce que l’on vaut et ce que l’on veut. Ce travail sur soi est nécessaire, soulignent les spécialistes, notamment parce qu’avant de cogner à la porte du grand boss, mieux vaut être sûr de ce qu’on va demander! Les employés insatisfaits doivent déterminer ce qui les embête le plus : les longues journées, le salaire, les tâches, les collègues, l’absence de perspectives d’avancement, etc. Il leur faut aussi vérifier si d’autres positions les attirent au sein de leur entreprise.
C’est également une bonne idée de questionner les raisons qui nous poussent à accumuler les tâches ou à multiplier les heures supplémentaires. Et de le faire savoir au patron, qui ne peut pas deviner nos intentions ou nos désirs. Pour les bons samaritains comme Josée, exprimer ses insatisfactions est souvent un geste courageux, mais nécessaire. «Si on ne précise pas nos motifs, il y a peut-être des occasions d’emploi dont on ne nous parlera pas parce que personne ne saura qu’elles nous intéresseraient», ajoute François Bernatchez.
Évidemment, ce n’est pas facile. Mais il y a moyen de faire passer son message même si notre supérieur nous apparaît lointain, froid ou incompréhensif. «Clarifiez les choses avec lui en lui demandant tout simplement s’il trouve normal que vous travailliez tant, compte tenu de votre salaire, ou quelle est votre description de tâches exacte», conseille Natalie Rinfret, professeure à l’École nationale d’administration publique (ENAP). «Pour éviter de passer pour un “chialeux”, dites-lui aussi où vous vous voyez dans la compagnie ou ce que vous aimeriez y faire, ajoute-t-elle. Si le patron constate que vous voulez rester au service de l’entreprise et que vous êtes de bonne volonté, le risque d’être congédié sur-le-champ est faible : le roulement de personnel coûte trop cher et la main-d’œuvre qualifiée est trop rare!»
La démarche en vaut la peine : la reconnaissance est un des facteurs les plus importants de la satisfaction au travail et, à long terme, son absence peut être dangereuse pour le moral. En effet, ne pas se sentir apprécié comme employé affecte négativement l’estime de soi : comme on nous montre quotidiennement que nos compétences valent peu, on finit par le croire. Nos aptitudes elles-mêmes risquent d’en souffrir! «Une personne dont on abuse sera déprimée et cela affectera son rendement», dit Charles-Henri Amherdt.
Par la suite, si rien ne change, on peut envisager de démissionner. «Mais d’ici là, quand on vous demande de faire une tâche supplémentaire, il faut absolument négocier une contrepartie», ajoute François Bernatchez. Par exemple, demander une hausse de salaire, un aménagement d’horaire, des responsabilités additionnelles ou l’abandon de certaines tâches dont vous vous acquittiez jusque-là.