Depuis la nuit des temps, l’envie de diriger est aussi naturelle que boire et manger.

Toute organisation sociale est soumise à une autorité. Tant chez les premiers Homo sapiens que chez nous de nos jours, l'organisation de base est la famille, et chaque famille obéit à un chef. Le besoin de cohésion sociale et de direction s'étend de la famille nucléaire aux grands ensembles que sont l'école, les entreprises, les nations.
Les sociétés primitives accordaient peu d'importance au travail tel que nous le concevons aujourd'hui. Les activités de chasse, de pêche et de cueillette n'occupaient qu'une partie de leur temps et se déroulaient collectivement. À partir de 10 000 ans av. J.-C., les groupes de chasseurs-cueilleurs ont laissé place aux agriculteurs et aux éleveurs. Cette vie sociale plus uniforme a donné naissance à l'organisation du travail. De cette époque date l'apparition des premiers patrons (et de leurs sous-fifres!).
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Jusqu'à récemment dans l'Histoire, les humains ont vécu en communauté dans des systèmes politiques et économiques autoritaires où l'individualisme pouvait difficilement s'exprimer. Au Siècle des lumières, une idée révolutionnaire a émergé grâce à des philosophes comme Diderot, Locke, Newton, Rousseau et Voltaire : l'individu, à la recherche du bonheur, doit s'épanouir. Mais il faudra plus de deux siècles pour que cette vision individualiste de la société parvienne à s’imposer, dans la société de consommation du XXe siècle.
La consommation exacerbant les désirs individuels, tout un chacun a réclamé sa différence et proclamé l’individu roi. Les figures de l’autorité se sont mises à vaciller : crise du politique et des institutions, familles éclatées, désinvestissement au travail, recul du syndicalisme, perte de prestige des enseignants, des intellectuels, des patrons…
Aujourd'hui, nous vivons dans une société où l'autorité fait pâle figure. «Les gens craignent d'exercer un rôle de dirigeant, déplore le consultant en leadership Pierre-Marc Meunier. Il y a eu une évacuation du rôle de l'autorité, autant dans les familles qu'à l'école ainsi que dans beaucoup d'organisations. C’est perçu de manière négative.»
Les spécialistes de la psychologie du travail et de la gestion soutiennent que le patron idéal des années 2000 ne doit plus gérer à la manière directive de son prédécesseur du siècle dernier. Plus que jamais, les salariés veulent se réaliser professionnellement et personnellement, donner un sens à leur travail et à leur existence. Dans ce contexte, une entreprise est un système de coopération dans lequel les individus doivent travailler ensemble pour atteindre un but commun défini par la direction. Le patron demeure nécessaire, mais il ne doit plus avoir l’air… autoritaire!
Ainsi, comme l’a dit Jay A. Conger, l'un des grands des spécialistes américains du leadership : diriger, c'est l'art de donner du pouvoir aux travailleurs.
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