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Compétences clés

Êtres d'exception (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 1 Janvier 2008


Lucky, lucky

Mais Guy Laliberté aurait-il pu se planter? A-t-il été aussi chanceux que talentueux? Possible, disent les spécialistes. «On ne peut faire abstraction du timing dans l’accomplissement d’un projet», dit Nicolas Richard. Par exemple, si vous proposez un programme social innovateur à un moment où les finances d’un pays n’en permettent pas la réalisation, vous ferez chou blanc, peu importe votre génie.

Et puis, personne n’est à l’abri des revers du destin ou des mauvaises rencontres. Antonio Meucci, l’inventeur du téléphone, pourrait en témoigner. En effet, cet immigrant italien sans le sou a apparemment été victime de la malhonnêteté de l’Américain Graham Bell, qui aurait copié son prototype en 1876. Meucci lui a intenté un procès, mais Bell était devenu si riche grâce au «télégraphe parlant» qu’il a pu embaucher les meilleurs avocats et gagner le procès. En 2002, le Congrès américain a toutefois rendu justice à Meucci en lui attribuant la paternité du téléphone.

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Louis Jacques Filion croit cependant que la chance a peu à voir dans la réussite des visionnaires. «Un homme d’affaires exceptionnel me disait à quel point il avait été chanceux dans la vie, puisqu’il faisait équipe avec des gens extraordinaires. Mais en approfondissant la conversation, je me suis rendu compte qu’il avait fait sa chance : il voyait environ 25 personnes en entrevue avant de choisir la perle rare!»

«Les visionnaires ont intérêt à bien s’entourer, remarque Pierre Filiatrault, doyen de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM. Souvent, ils sont si absorbés par leur concept innovateur qu’ils s’éloignent de la gestion quotidienne, ce qui peut les conduire à la faillite. D’où l’importance d’être appuyé par un bon second.»

Comme quoi les visionnaires ne sont rien sans les gens ordinaires!



Ça ne s’apprend pas

Vous cherchez à faire de l’ombre à Léonard de Vinci? À moins d’un bagage génétique exceptionnel, la mission sera ardue… Voici quand même comment vous approcher du but.

Certaines personnes se pointent au bureau de Brigitte Whelan, coach en développement créateur, avec l’espoir avoué d’accomplir une œuvre qui marquera leur époque. Rien de moins. L’ambition est noble, mais peut-elle se matérialiser?

Les spécialistes consultés en doutent. Vous aurez beau suivre tous les séminaires du monde sur la créativité et vous abreuver de littérature sur un même thème, faire preuve de génie et d’une immense énergie au travail ne s’apprend pas. «C’est inné, en bonne partie», soutient Laurent Lapierre, qui enseigne le leadership et la gestion d’entreprise à HEC Montréal. Néanmoins, on peut fertiliser son cerveau pour y faire germer de meilleures graines.

Et tant pis si la gloire ne vient jamais! «Derrière le fantasme de devenir un grand visionnaire, il y a surtout la désolation de ne pas exploiter ses talents à fond. De sentir qu’on se gaspille. Or, ce problème est remédiable.» Par exemple, on peut nourrir sa curiosité – lectures, cinéma, musées, expositions sur la science. «Il faut ouvrir notre esprit aux idées et aux gens qui nous éloignent de notre zone de confort afin de stimuler l’imaginaire», explique Robert Parent, professeur au Département de management de l’Université de Sherbrooke.

Ce spécialiste du réseautage encourage aussi chacun à se faire des amis plus cultivés et expérimentés que soi! Leurs propos stimulants vous permettront de niveler vos connaissances par le haut. Ces figures inspirantes donnent également l’occasion d’adhérer à de nouveaux cercles sociaux, multipliant les possibilités de rencontres déterminantes dans l’élaboration de vos projets.

Julie Carignan, psychologue organisationnelle, regrette cependant que plusieurs environnements de travail ne favorisent pas l’éclosion de la «vision». «Il y a sans doute plus de visionnaires potentiels qu’on pense. Hélas! Peu de postes laissent aux travailleurs assez de latitude pour élaborer une vision. Or, s’il ne court jamais, un sprinteur naturel ne pourra pas remporter les Olympiques!» «Depuis longtemps, sur les bancs de l’école, on montre aux jeunes à faire ce qu’on leur dit, point à la ligne, explique Robert Parent. Et ça se poursuit sur le marché du travail. Or, cet état d’esprit ne dispose pas à la créativité.»

Vocations précoces

Heureusement, l’économie du savoir, qui carbure à l’innovation, force les entreprises à encourager les initiatives des employés à tous les échelons, observe-t-il. On invite, par exemple, les travailleurs à soumettre des propositions pour améliorer la productivité ou la qualité des services.

«Cultiver la vision en entreprise est carrément une question de survie en cette période de changements technologiques rapides», estime Jean Métivier, président de la firme de recrutement de cadres Métivier Groupe Conseil, à Montréal. Mais tant pis si votre milieu de travail ne vous accorde pas d’espace pour exprimer vos idées lumineuses : «Mettez vos énergies ailleurs : faites du bénévolat, de la musique, un sport, peu importe! Pourvu que vous ne laissiez pas mourir vos talents.»

Vous pourriez faire comme Joseph Paxton, un jardinier qui, dans ses temps libres, a conçu le premier bâtiment fait d’éléments modulables préfabriqués et assemblés sur place : le Crystal Palace, une célèbre structure de verre et d’acier qui fit la fierté des Anglais à l’occasion de l’Exposition universelle de Londres, en 1851.

«Et, dit Jean Métivier, rappelez-vous ce que vous rêviez de faire quand vous étiez enfant : cela indique souvent la route à suivre pour s’accomplir.»


guide de survie


Avez-vous déjà consommé de la drogue pendant vos heures de travail?








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