Trouvez un article

Rechercher

Compétences clés
Visionnaires

Louise Forestier

Vision : la liberté d’expression

BIO
Chanteuse et comédienne. De son imaginaire débridé, et de celui de sa troupe, est né l’Osstidcho, l’un des plus importants spectacles de l’histoire de la chanson québécoise. Il y a 40 ans, il virait à l’envers notre scène culturelle. En effet, Louise Forestier et sa troupe furent parmi les premiers à intégrer la culture et la langue québécoises à leur art, donnant aux artistes d’ici la permission de s’éloigner des modèles français et américain.

Par Marie-Hélène Proulx


Magazine Jobboom
Vol. 9 no. 1 Janvier 2008


Inutile de chercher des revendications idéologiques derrière le mythique Osstidcho, présenté en 1968 et 1969 à travers le Québec. «Comme Yvon le dit si bien, on ne savait pas pantoute ce qu’on faisait!» s’exclame Louise Forestier, qui a conçu ce spectacle de musique, de monologues et de sketchs avec Robert Charlebois, Mouffe et Yvon Deschamps. «On ne se battait pas pour des idées : on voulait simplement s’amuser.»

Derrière ce délire artistique créé dans une joyeuse confusion – «personne de la troupe ne s’entendait sur ce qu’on allait présenter!» –, un maître à penser : Jean-Pierre Ronfard. À l’époque, il était directeur artistique de l’École nationale de théâtre, où Louise Forestier étudiait. «C’est lui qui, le premier, nous a mis des textes québécois en bouche. Auparavant, les acteurs jouaient surtout des classiques français. Il nous a aussi donné le goût de l’improvisation et des mises en scène éclatées.»

Pub.

Ivres de liberté, les créateurs de l’Osstidcho osent donc des musiques et des textes en «québécois», à mille lieues du style «chansonnier français» et du Phèdre de Corneille. «Ç’a été ça, notre révolution : écrire et jouer ce qu’on voulait, se réapproprier notre langue, et composer des musiques qui swingnent, inspirées du rock américain.»

L’accueil a été dithyrambique, à leur grand étonnement. «Le spectacle a eu l’effet d’une bombe! Il y avait tellement de spectateurs qu’en quelques mois on est passé du Théâtre de Quat’Sous à la Place des Arts, avant d’aboutir à l’Olympia de Paris!» Les aînés crient au scandale, mais les jeunes boomers, qui dictent la tendance, en redemandent.

«Ç’a été ça, notre révolution : écrire et jouer ce qu’on voulait, se réapproprier notre langue, et composer des musiques qui swingnent, inspirées du rock américain.»

À la fin des années 1960, le Québec est une «marmite en ébullition», se souvient la chanteuse. «Les brassières revolent, les filles prennent la pilule, on parle d’indépendance du Québec. Il règne un climat de liberté dont nous sommes imprégnés au moment de monter l’Osstidcho. Si nous avions présenté le spectacle cinq ans avant, on se serait fait lancer des roches. Timing is everything! Mais j’insiste, il n’y avait rien de prémédité : être révolutionnaire n’est pas un métier!»

De cette folle époque, Louise Forestier ne garde aucune nostalgie. «Je suis contente d’avoir été là, bien sûr, mais c’était difficile à vivre. Connaître un succès aussi fulgurant au début de la vingtaine, c’est monstrueux. Tout à coup, tu deviens Dieu! J’ai pris toute une débarque par la suite, quand la troupe s’est séparée, en 1969.»

«Si nous avions présenté le spectacle cinq ans avant, on se serait fait lancer des roches. Timing is everything!»

Même si ses succès commerciaux ont été plus modestes par la suite, elle n’a jamais renoncé à son art. «J’aurais pu détruire mon don, le faire taire, choisir de faire autre chose par insécurité financière. Mais j’étais incapable de renoncer à la musique. C’était trop viscéral.» Parallèlement à sa carrière de chanteuse, elle se consacre maintenant à la peinture, qui lui permet de poursuivre son idéal de liberté avec plus d’intégrité. «Seule face à la toile, je crée ce que je veux, sans me préoccuper de la vendre, comme je me préoccupe de vendre mes chansons. Veux, veux pas, tu te demandes toujours : mes tounes vont-elles passer à la radio? Quand j’ai les deux mains dans la gouache, je m’amuse enfin comme une enfant. Librement.»


guide de survie


Avez-vous déjà consommé de la drogue pendant vos heures de travail?








Résultats