Le Canada compte deux nouveaux astronautes : Jeremy Hansen et David Saint-Jacques. Pas de doute, leur emploi est exceptionnel. Le processus de sélection qu’ils ont dû traverser l’est tout autant.

Un soir de février dernier, Jeremy Hansen s’est retrouvé en plein cœur d’un brasier, un boyau d’incendie dans les mains. En compagnie de trois ou quatre autres personnes, il a vaillamment bravé la chaleur torride et combattu les flammes sans relâche. Une mission impossible, le feu étant continuellement alimenté au gaz.
Peu importe, après plusieurs heures de ce combat colossal, l’ancien pilote de chasse de l’Armée canadienne et son petit groupe ont été dirigés illico dans une pièce inondée. Nouvelle consigne : colmater des tuyaux fuyants, avec de l’eau glacée jusqu’à la poitrine. Pendant cet exercice éprouvant, leurs faits et gestes étaient minutieusement observés par les responsables de l’Agence spatiale canadienne (ASC), qui évaluaient leur tolérance au stress et à la fatigue extrême.
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Pourtant, Jeremy Hansen – un des deux nouveaux astronautes recrutés en mai dernier par l’ASC – en garde un assez bon souvenir. «Nous souffrions probablement tous d’un certain degré d’hypothermie. Mais nous avons travaillé en équipe pour régler les problèmes et j’étais extrêmement fier du travail accompli.»
Non seulement postuler pour le boulot d’astronaute n’a rien de banal, mais la dernière campagne de recrutement de l’ASC était aussi plus exigeante que jamais. «Auparavant, les exercices plus durs de travail d’équipe et de coordination étaient réservés à l’entraînement des candidats choisis», explique Stéphane Corbin, gestionnaire de la campagne de recrutement, rencontré au siège social de l’ASC à Saint-Hubert. «Cette fois, ils ont servi de tests de sélection. Cela a permis d’évaluer les performances dans des situations très réalistes.»
Une approche novatrice qui a attiré les regards intéressés des agences spatiales américaine et européenne. Et qui a mis les candidats à rude épreuve.
Coût de cette campagne de recrutement : plus de deux millions de dollars. Objectif : dénicher deux candidats capables de séjourner de quatre à six mois avec des étrangers dans une capsule d’aluminium pas plus grosse qu’un autobus, maîtres de la gestion du stress et du travail d’équipe, débordants d’initiative et possédant une habileté à résoudre rapidement des problèmes techniques et humains.
En plus de répondre à des normes de santé très élevées (vision et audition parfaites et pression maximale de 140/90, entre autres) et de posséder au minimum un baccalauréat en génie ou en sciences (assorti de deux années d’expérience) ou être médecin. Rien que ça!
Le travail d’astronaute a beaucoup changé depuis la mise en orbite de la Station spatiale internationale, en 1998. Les critères de l’ASC différaient donc par rapport aux deux précédentes campagnes de recrutement (en 1983 et 1992). «Auparavant, on sélectionnait surtout des scientifiques qui pouvaient mener des expériences pendant quelques jours à bord d’une navette. Cette année, on cherchait des candidats opérationnels et débrouillards, capables, par exemple, de sortir de la station spatiale pour régler un problème», indique Stéphane Corbin.
Et pour cause. Lors d’une mission en mai dernier, des astronautes américains ont effectué un total de cinq sorties dans l’espace (chacune durant entre cinq et huit heures) afin de réparer le télescope spatial Hubble. Ils ont notamment eu à retirer une centaine de petites vis pour accéder à un panneau électrique.
Quelque 5 300 personnes ont répondu à l’appel de candidatures lancé par l’ASC en mai 2008. De celles-là, 3 932 ont été invitées à passer à la seconde étape. Comme 960 d’entre elles n’ont pas donné suite, la procédure s’est amorcée avec 2 972 candidats, dont 20 % de femmes et 24 % de francophones.
Après des entrevues préliminaires et des examens médicaux de base, 40 personnes ont été retenues pour passer à l’étape des épreuves d’aptitudes.
En janvier dernier, lors d’un séjour dans un centre d’entraînement des Forces armées canadiennes à Saint-Jean-sur-Richelieu, l’ASC a notamment testé leurs habiletés en pilotage et en robotique. Ainsi, après de brèves instructions, les aspirants ont dû affronter le bras canadien. Pas au tir au poignet, mais bien dans une épreuve de haute dextérité. «Il fallait le diriger à partir de différentes perspectives, ce qui requiert de s’imaginer à un endroit précis de la station spatiale. Parce que dans l’espace, le haut, le bas, la gauche ou la droite, ça ne veut pas dire grand-chose», raconte Jeremy Hansen.
À la lumière de ces exercices, neuf candidats ont été écartés. Les 31 autres ont pris le chemin d’Halifax, où les attendaient des épreuves à la «mission impossible».