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Mener sa barque sans couler

Être son propre boss, rouler en Mercedes, gérer ses horaires : chaque année, des milliers de Québécois se lancent dans les affaires pour réaliser le plus tenace des rêves américains, mais en même temps, des milliers d’autres se retirent du circuit. En vérité, les entrepreneurs débutants rament fort pour gagner leur croûte. L’aventure est emballante, mais encore faut-il connaître les pièges, savoir contourner les écueils et restreindre les risques. Comment ramer... sans couler?

Recherche et rédaction : Jean-Sébastien Marsan
Coordination : Martine Roux


Magazine Jobboom
Vol. 5 no. 6 juin 2004


Lancer son entreprise, ce n’est pas de la tarte. Et ce n’est manifestement pas pour tout le monde : cinq ans après sa création, seule une entreprise sur trois subsiste toujours, selon des statistiques compilées pour la première fois en 2001 par l’ancien ministère québécois de l’Industrie et du Commerce (l’actuel ministère du Développement économique et régional et de la Recherche).

Directeur du Centre d’entrepreneuriat et de PME de l’Université Laval, Yvon Gasse suit actuellement à la trace 151 entrepreneurs canadiens ayant débuté il y a trois ans. Au printemps 2003, son enquête indiquait que le tiers d’entre eux étaient parvenus à la rentabilité (incluant un salaire versé au propriétaire) tandis que 20 % n’avaient pas encore atteint la vitesse de croisière.

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L’autre moitié de ces entreprises est tout simplement… disparue. «Des entrepreneurs ont laissé tomber parce qu’ils se sont aperçus que ce n’était pas ce qu’ils voulaient faire, précise Yvon Gasse. Ou encore, un bon pourcentage s’est rendu compte que le produit ou service ne se vendait pas.»

Seuls les entrepreneurs qui apprennent de leurs erreurs subsistent, souligne Pierre-André Julien, titulaire de la Chaire Bell sur les PME de classe mondiale et professeur à l’Institut de recherche sur les PME de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Comparant l’entrepreneuriat à un processus de «destruction créatrice» (une expression de l’économiste autrichien Joseph Schumpeter, connu au début du siècle pour ses écrits sur le rôle de l’entrepreneur), il rappelle que 20 % de ceux qui réussissent ont déjà connu la faillite. «C’est comme pour le mariage : ils ont manqué leur coup la première fois, mais la deuxième fois, ils sont meilleurs», illustre-t-il.

«Il y a deux types d’entrepreneurs : les vrais et ceux d’occasion», affirme Jean-Pierre Gaumont, p.-d.g. de Jeunes Entreprises du Québec, un organisme sans but lucratif qui sensibilise les jeunes à l’entrepreneuriat. «Les entrepreneurs d’occasion le sont à cause d’une situation difficile, de circonstances, le chômage par exemple. Si on leur offre un poste avec une sécurité d’emploi, ils vont l’accepter, soutient Jean-Pierre Gaumont. Tandis que les vrais entrepreneurs sont toujours en évolution, ils créent des entreprises, apprennent de leurs erreurs. La plupart ne vont pas réussir lors de la première expérience.»

Il y a cependant moyen de réduire ces risques de façon à maximiser les chances de succès. Voici les principaux défis que doivent relever les nouveaux entrepreneurs, analysés par les spécialistes de la question tant dans les universités que sur le terrain.

Défi no 1
Trouver «la» bonne idée

Une bonne idée, oui, mais pas forcément révolutionnaire. «La plupart des gens ne lancent pas un business avec des innovations à tout casser, ils partent de quelque chose qui existe et ils en améliorent un aspect», observe Yvon Gasse.

Comment vérifier la pertinence d’une idée? En parcourant les publications spécialisées, en hantant les colloques et les foires commerciales, en questionnant des gens d’affaires, disent les spécialistes. Une idée d’affaires valable doit répondre à un désir de consommation (à moins de créer ce besoin de toutes pièces) tout en correspondant aux compétences et aux ambitions personnelles de son promoteur.

Connaître les tendances sociales est aussi un bon point de départ. La littérature traitant des nouveaux besoins socioculturels ou des changements dans nos habitudes de consommation, par exemple, peut mettre en lumière des occasions d’affaires. Ainsi, les spécialistes de HEC Montréal suggèrent encore la lecture des best-sellers Entre le boom et l’écho : comment mettre à profit la réalité démographique (Boréal, 1996) ainsi que The Popcorn Report (HarperBusiness, 1992).

C’est justement parce qu’il avait flairé une tendance sociale qu’Olivier Trudeau, 29 ans, s’est lancé dans les affaires. En 1999, il a cofondé le premier site de commercialisation de musique téléchargeable au Canada, eworldmusic.com. L’éclair de génie l’a foudroyé après sa maîtrise en commerce électronique à l’Université de Montréal. «J’ai toujours été du genre à bâtir des choses, alors j’ai cherché comment je pourrais aider l’industrie musicale à utiliser Internet pour la promotion et la commercialisation», raconte-t-il. Et l’idée a germé. En 2001-2002, l’entreprise comptait une douzaine d’employés.


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