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L’art de créer son emploi

L’emploi de vos rêves est peut-être au bout de votre nez. Pour le trouver, il suffit de le… créer. Car le job idéal se cache rarement dans les rubriques des petites annonces : décrocher celui qui correspond vraiment à ce qu’on est et à ce qu’on veut faire appelle bien souvent une stratégie sur mesure. Salariés, ex-pigistes ou ex-chômeurs, plusieurs travailleurs ont ainsi provoqué le destin et taillé eux-mêmes leur place sur le marché du travail. Une question d’attitude.

par Sylvie L. Rivard / Coordination : Martine Roux
Photos : PPM - Martin Tremblay


Magazine Jobboom
Vol. 4 no. 2 février-mars 2003


C’est armée d’une souris que Maryline Bédard a fait progresser sa carrière d’un pas de géant, il y a six ans. Cette urbaniste a remarqué que la firme qui l’employait ne tirait pas profit des technologies informatiques quand venait l’heure de remettre aux clients un document officiel. Elle a donc commencé à bricoler des présentations visuelles par ordinateur.

Son patron s’est vite rendu à l’évidence : il fallait créer un service de graphisme dans l’entreprise et Maryline en serait responsable. Depuis janvier 2002, elle occupe le poste de directrice — graphisme. Un virage professionnel radical que la jeune urbaniste a provoqué… sans même changer de chaise.

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Comme elle, plusieurs intrépides n’attendent pas que l’offre d’emploi idéale se présente à eux pour trouver une place qui leur convienne vraiment sur le marché du travail. Ils ciblent un besoin dans une entreprise et se rendent indispensables. Ils créent leur propre emploi en se lançant dans les affaires ou font créer un poste à leur mesure. Des pigistes persuadent un client de les embaucher. Des chercheurs d’emploi proposent leurs services aux entreprises pour lesquelles ils aimeraient travailler, même si elles n’ont aucun poste à pourvoir. Chacun à sa manière, ils prennent leur avenir professionnel en main.

«Tout le monde n’est pas entrepreneur, mais tout le monde peut se voir soi-même comme une entreprise», affirme Camille Carrier, professeure en sciences de la gestion à l’Université du Québec à Trois-Rivières et spécialiste de l’intraprenariat, soit l’art d’innover au sein de l’entreprise qui nous emploie. «Les travailleurs doivent trouver leur niche, voir ce qu’ils ont d’unique à offrir et l’exploiter au maximum.» On peut trouver l’emploi idéal si l’on sait garder l’œil sur les occasions professionnelles et que l’on met ses idées de l’avant, ajoute-t-elle.

«Les travailleurs doivent trouver leur niche, voir ce qu’ils ont d’unique à offrir et l’exploiter au maximum.»
— Camille Carrier, spécialiste de l’intraprenariat

Le mot d’ordre? Oser! dit Bill Marchesin, consultant en carrière et auteur de Souriez, c’est lundi! et Bonne nouvelle, vous êtes engagé! «Il faut se fixer des objectifs. Oser aller voir son patron ou un employeur, et lui proposer des choses. Parfois, ça ne marche pas tout de suite. Il faut revenir à la charge au moment jugé opportun.»

Autre poste, même patron

Créer un nouvel emploi pour soi dans l’entreprise où l’on travaille, c’est possible. En fait, lorsqu’on s’encroûte, il est temps d’agir, suggère Bill Marchesin. «Tôt ou tard, il faut penser à revitaliser son poste. Une des options est de se demander si l’on pourrait faire autre chose au sein de la même organisation. Souvent, les travailleurs salariés qui créent leur propre emploi exécutent des tâches dont personne ne veut hériter, aiment s’occuper de problèmes auxquels personne ne s’intéresse.»

Première règle : recenser les sources d’insatisfaction et les besoins non comblés dans l’organisation. Voilà qui constitue un terrain très fertile pour l’émergence d’idées nouvelles. Ensuite, il faut s’assurer de présenter son projet à la bonne personne dans l’entreprise, explique Camille Carrier.

«Mais encore faut-il œuvrer dans une entreprise qui reconnaît et récompense les initiatives de leurs employés», poursuit-elle. Une étude qu’elle a publiée en 1998 sur les pratiques de consultation auprès des employés a révélé que certains gestionnaires se sentent menacés par la créativité de certains salariés. Il arrive qu’ils récupèrent leurs idées et se les approprient. La solution? «En cas de doute, mieux vaut développer des réseaux parallèles pour faire connaître ses idées à d’autres personnes dans l’organisation. On peut aussi rechercher des mentors, des collègues qui n’ont plus rien à prouver et qui vont avoir le goût de nous appuyer.»


L’exploratrice

Maryline Bédard, 32 ans
Directrice — graphisme, Daniel Arbour & Associés

Créer sa place en proposant une idée novatrice, en développant un nouveau service au sein de l’entreprise qui nous emploie déjà, pourquoi pas? Après ses études, en 1996, Maryline Bédard a débuté comme urbaniste junior dans l’un des plus gros bureaux d’architecture-urbanisme à Montréal, Daniel Arbour & Associés. Elle y travaille toujours, mais porte maintenant le titre de directrice — graphisme!

«À mes débuts comme urbaniste junior, je touchais un peu à tout. On me demandait de numériser des photos, de faire des présentations ou des plans de localisation par ordinateur.» Mais quand venait le temps de présenter des documents officiels, ses collègues en étaient encore au copier-coller… avec du papier et des ciseaux!

De son propre chef, Maryline a commencé à utiliser des logiciels plus élaborés pour concevoir ses plans et ses présentations. Son patron était ébloui par les résultats et n’a pas freiné ses initiatives. «Au début, c’était une corde de plus à mon arc. Quand il n’y avait pas trop de projets en urbanisme, ça justifiait mon poste. De plus en plus, je faisais du graphisme. Et j’ai voulu me lancer dans l’aventure…»

Lorsque son patron lui a proposé de troquer son poste d’urbaniste contre celui d’infographiste en s’engageant à lui fournir tout le matériel nécessaire à ses nouvelles tâches, Maryline n’a pas hésité et s’est lancée dans l’aventure. Ordinateur Macintosh, logiciels de graphisme et numériseur ont fait leur entrée chez Daniel Arbour & Associés.

«Je me suis mise à la tâche, j’ai appris à connaître les logiciels, à en explorer les possibilités, à proposer de nouvelles façons de faire à mon patron.» Maryline s’est inscrite à des séminaires pour mieux maîtriser certains logiciels. «Comme mon patron était peu familier avec les nouveaux outils informatiques, c’était à moi de définir le rôle que j’allais jouer dans l’entreprise. Je ne voulais pas n’être qu’une technicienne en infographie : je voulais aussi développer et diriger un service de graphisme dans l’entreprise.»

Maryline a pressenti que le graphisme deviendrait la nouvelle arme des firmes d’urbanisme. La jeune femme a mis environ cinq ans à développer son service. Aujourd’hui, comme directrice de production, elle supervise quatre employés et poursuit son perfectionnement en design graphique à l’Université du Québec à Montréal.

«J’aurais pu rester dans la facilité et ne pas me lancer dans ce nouvel emploi. Mais j’ai décidé de dépasser mes limites et de ne pas avoir peur d’explorer...»


guide de survie


Si vous gaffiez devant vos collègues et patrons, comment réagiriez-vous?








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