Créer leurs emplois, c’est le pari qu’ont fait les employés d’une coopérative de travail. Diriger ainsi son destin professionnel peut être grisant. Mais il faut y mettre de l’effort… et de l’argent!

Larissa Dutil, libraire à la Librairie coopérative de solidarité communautaire de Concordia.
Fondé en 1896, le Collège Saint-Alphonse, dans la région de Québec, a failli disparaître quand les Pères Rédemptoristes ont décidé de le fermer en 2000. Plutôt que de recourir à l’assurance-emploi, Daniel Robitaille, directeur général de l’institution, a proposé aux 25 professeurs, éducateurs pet employés de soutien de fonder une coopérative de travail.
Autrement dit, il proposait de mettre leurs fonds en commun pour devenir collectivement propriétaires de l’établissement. Et par le fait même, leur propre patron! «C’était la seule solution pour sauver l’école», explique-t-il.
Concrètement, cela signifiait que tous les employés paieraient une part de qualification de 3 500 $ pour devenir membre; la coop prélèverait ensuite un pourcentage de leur paie jusqu’à ce que leur contribution individuelle atteigne 10 000 $.
«Quand il nous a parlé de cette idée, on l’a regardé avec des gros yeux, raconte Marie-Hélène Bouchard, professeure de français, de géographie et d’histoire. C’était des sommes importantes!» Mais presque tous les membres du personnel ont finalement adhéré au projet coopératif parce qu’ils croyaient à leur collège et à leur équipe. Sans compter que leurs investissements leur donnaient alors droit à une déduction fiscale de 125 %, grâce au Régime d’investissement coopératif – les déductions fiscales ont depuis diminué.
| Pub. |
Selon les plus récentes données du ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation, il y avait 405 coopératives de travail en 2004, soit 26 % de plus qu’en 2000, et elles employaient plus de 12 000 personnes dans la province.
Les coopératives permettent aux travailleurs de prendre les rênes de l’entreprise. «À la fin des années 1980, les propriétaires des compagnies d’ambulances privées ont commencé à parler de vendre à cause d’un fort mouvement en faveur de la syndicalisation. C’est alors que les employés, avec l’aide des syndicats, ont repris ces entreprises en fondant des coopératives», raconte Marc Paquette, président de la Fédération des coopératives des paramédics du Québec.
À la fin des années 1990, la dernière épicerie de Durham-Sud a fermé ses portes. C’est alors que les habitants de ce village de 1 100 âmes dans le Centre-du-Québec ont fondé la coopérative de solidarité L’Épicerie de Durham-Sud. «Quand tous les commerces ferment, le village finit par disparaître et on perd son identité», dit Madeleine Côté, secrétaire de cette épicerie de 200 membres.
Étonnamment, les uns et les autres arrivent à s’entendre, même si les travailleurs veulent d’abord un bon salaire et, les clients, de bons prix. Par exemple, à la Librairie coopérative de solidarité communautaire de Concordia, «les usagers ont insisté pour que les employés à temps plein reçoivent une assurance médicale», affirme Larissa Dutil, qui y travaille comme libraire.
Les coopératives de travailleurs actionnaires (CTA) sont le troisième type d’entreprise coopérative. Dans celles-ci, l’entreprise reste aux mains de l’employeur, mais les employés acquièrent une part minoritaire de ses actions. Ils sont aussi de facto représentés au conseil d’administration.
Dans tous les types de coops de travail, les membres paient une part de qualification à l’entrée. S’ils démissionnent, ils se font rembourser. La somme demandée varie selon les fonds nécessaires pour démarrer la coopérative et le type de membre (usager ou travailleur). En échange de son soutien financier, chaque membre obtient un droit de vote aux assemblées générales (AG). C’est le principe de base : un membre, un vote.
Dans les trois types de coopératives, les «travailleurs-patrons» se gèrent de manière fort raisonnable : ils ne s’octroient ni salaires faramineux ni avantages sociaux extravagants. «Leur entreprise doit demeurer concurrentielle», dit Michel Lafleur, directeur de l’Institut de recherche et d’éducation pour les coopératives et les mutuelles de l’Université de Sherbrooke (IRECUS).