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Entrepreneuriat

Communautés de biens (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 8 sept 2007

Le grand pouvoir de ces travailleurs? Décider ce qu’ils feront des surplus financiers. «On préfère ne se verser que de petites ristournes et investir plutôt dans notre machinerie, pour assurer la pérennité de l’entreprise et garantir du travail à nos membres», dit Mona Boulianne, responsable de la qualité et de la relation avec la clientèle à la Coopérative forestière de Petit Paris, au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Au Collège Saint-Alphonse, tout un chacun nettoie l’école à fond et effectue des réparations au bâtiment, juste avant la rentrée scolaire. Toujours sans rémunération.

Le pouvoir des travailleurs est cependant moins important dans une CTA, car les employés ne contrôlent pas 100 % de l’entreprise. Au début des années 1990, la mine Jeffrey, à Asbestos, a invité sa main-d’œuvre à former une CTA pour l’aider à financer des investissements. Deux mille travailleurs ont déboursé collectivement 5 millions de dollars pour acheter 38 % des actions. Ils ont reçu des dividendes les trois premières années. Ensuite, le vent a tourné : depuis 2002, la compagnie opère sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies. Ses finances sont sous la gouverne d’un contrôleur et c’est ce dernier qui décide quels débiteurs seront payés… et combien. La CTA, qui est actionnaire minoritaire, n’est pas en haut de la liste. D’ailleurs, elle n’a plus que 450 000 $ en banque. «Ceux qui ont pris leur retraite avant 2002 ont récupéré leurs billes, mais nos 235 membres restants ne recevront que de 23 % à 28 % des sommes qu’ils ont investies», dit Jean-Luc Carrier, président de la Coopérative des travailleurs miniers J.M.

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«Il faut mesurer le risque : si la compagnie qui propose une CTA a des difficultés financières, ce n’est peut-être pas une bonne idée d’y mettre de l’argent...» juge Jean-Claude Guérard, directeur général de la Fédération des coopératives de travailleurs actionnaires du Québec.

Les CTA n’ont pas toutes une histoire aussi dramatique. L’entreprise funéraire Magnus Poirier, par exemple, va très bien. En 2002, cette compagnie montréalaise a proposé à ses employés d’acheter collectivement 10 % de ses actions. «Elle voulait nous donner de la reconnaissance et nous impliquer», dit Pierre Savard, vice-président de la coopérative et directeur du contrôle budgétaire et des états financiers. Une centaine de travailleurs ont payé collectivement cinq millions de dollars pour devenir actionnaires. Plusieurs d’entre eux continuent par ailleurs à verser un pourcentage de leur salaire à la CTA pour l’aider à prospérer. Désormais, cette CTA et la compagnie sont des partenaires d’affaires. «Magnus Poirier loue des bâtiments que nous avons achetés, ce qui nous aide à faire fructifier les fonds», se réjouit Pierre Savard.

Heures sup

Gérer ses affaires peut être grisant, mais… c’est du travail! Toutes les coops encouragent leurs membres à assister aux AG ou à participer à la rédaction des politiques sur l’embauche d’employés, la santé et la sécurité des travailleurs. Bénévolement! «On doit rédiger des rapports financiers pour nos membres», confirme Pierre Savard. Au Collège Saint-Alphonse, tout un chacun nettoie l’école à fond et effectue des réparations au bâtiment, juste avant la rentrée scolaire. Toujours sans rémunération.

En moyenne, pas plus de 35 % des membres des coopératives font ces heures supplémentaires, soutient Michel Lafleur, directeur de l’IRECUS. «Il n’y a peut-être pas assez d’ouvrage pour tous et ils peuvent finir par se marcher sur les pieds.» Par contre, plus ils donnent de leur temps, plus ils reçoivent de ristournes.

Certains restent volontairement à l’écart. «Je crois plus ou moins à notre pouvoir décisionnel, dit un employé de la Coopérative forestière de Petit Paris, qui préfère garder l’anonymat. Je suis membre depuis 1987 mais, depuis deux ans, je ne vais plus aux AG parce que ce sont toujours les mêmes qui prennent la parole!» Comme quoi la perfection n’est pas de ce monde…


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