Quant aux 55 ans et plus, ils ne veulent pas s’arrêter en si bon chemin. La progression de 5 % par année du nombre des travailleurs autonomes au Québec — ils sont actuellement 400 000 — est due notamment à l’arrivée des baby-boomers qui quittent leur employeur pour devenir consultants, d’après Stéphane Laforest, conseiller juridique à la Coalition des travailleuses et des travailleurs autonomes du Québec. Le phénomène se dessine tant chez les fonctionnaires que dans le secteur privé. «Plus de 70 % des travailleurs autonomes ont quitté un emploi de leur propre chef pour embrasser leur nouveau statut.»
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C’est exactement ce qu’a fait Louise Arbique, ex-directrice du marketing français de Mountain Equipment Co-op. Après avoir piloté pendant cinq ans la francisation de cette entreprise canadienne, cette passionnée de langue et de culture québécoises a récemment décidé, à 55 ans, de fonder Francisation InterGlobe, un cabinet-conseil de francisation des entreprises étrangères. «Me mettre à la retraite serait du gâchis : je suis en pleine possession de mes moyens et je sais ce que j’ai à offrir à la société», dit-elle, qui a tablé sur l’association de compétences. Elle fait équipe avec Jean-Guy Latulippe, 50 ans, lui aussi ancien directeur du marketing d’une grande firme d’avocats. «Son esprit scientifique en affaires, associé à ma créativité, devrait nous mener loin», croit la présidente.
Du coup, la sous-traitance individuelle se développe aussi. Il y a une dizaine d’années, les emplois, comme les contrats, se faisaient plus rares. La tendance s’est aujourd’hui inversée. «À cause d’un manque de main-d’œuvre spécialisée flagrant, surtout dans les secteurs techniques, les entreprises ont de plus en plus de mal à dénicher des employés qualifiés. L’autonomie devient très intéressante pour les travailleurs dans un tel contexte», observe Stéphane Laforest.
Selon le Conseil québécois de la franchise, 7 PME sur 10 se voient rayées de la carte avant d’avoir fêté leurs 5 ans, alors que 6 franchises sur 10 sont toujours bien en vie. Toutefois, la prudence est de rigueur. Avant de s’emballer, mieux vaut vérifier auprès des franchisés déjà en affaires l’authenticité des promesses du franchiseur. La rentabilité annoncée est-elle réaliste? Les ententes proposées, en matière de publicité par exemple, sont-elles respectées? «Il faut bien connaître ses compétences ou sa résistance au travail, bien évaluer son budget de départ et les obligations financières à venir, ainsi que le temps qu’il restera pour la vie familiale. Ces aspects pèsent lourd dans la réussite de l’entreprise», estime Pierre Garceau, directeur général du Conseil québécois de la franchise.
Le franchisage constitue également une porte d’entrée en entrepreneuriat pour les immigrants, bien qu’aucun chiffre ne mesure le phénomène pour le moment. Le Conseil québécois de la franchise étudie actuellement, en collaboration avec les Caisses populaires Desjardins et la Chambre de commerce de Montréal, la possibilité de soutenir ces entrepreneurs grâce à un système de prêts et de formation adaptés. «Tout le monde serait gagnant, aussi bien économiquement que socialement, croit Pierre Garceau. Le succès financier des immigrants contribue au succès de leur intégration.»
Les dessous du pâté chinois
Informaticienne en mal d’un emploi, Lucie Wuang cherchait en 2004 une idée de génie, un plan sûr pour l’avenir. Malgré son absence d’expérience en restauration, elle s’est jetée à l’eau comme entrepreneure en acquérant une franchise du Café Vienne, rue Sainte-Catherine, à Montréal. «Je n’aurais pas été capable de tout gérer seule. En cas de mauvais pas, j’avais un modèle d’affaires auquel me référer.»
Coût de l’opération : 250 000 $; la moitié en capital familial, et l’autre moitié en prêt du franchiseur. Un seul bémol : l’encadrement de départ dépend en partie de l’engagement du franchiseur et du temps qu’il consacre aux nouveaux franchisés. Même si elle vivait au Canada depuis une dizaine d’années à l’ouverture de son café, cette Taïwanaise s’est sentie un peu dépassée quand est venu le temps de préparer un menu adapté aux goûts des Québécois.
Ayant toujours fréquenté le quartier chinois, elle a découvert avec surprise le feuilleté au poulet, la soupe à l’oignon et la version locale du pâté… chinois! À 35 ans, elle ne voit que des avantages à son statut de franchisée. «On fonctionne selon un modèle, mais avec un espace de créativité. Et si on travaille dur, les risques d’échec sont minimes.»