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Frédéric Joanis, qui a confié la construction de son site à une entreprise indienne, a trouvé l’expérience quelque peu décevante. «J’ai dû demander des corrections à plus d’une reprise, car le contenu ne correspondait pas à ce qui était inscrit au contrat, raconte-t-il. Une fois le travail terminé, je savais que j’allais devoir peaufiner le programme, mais au moins une bonne partie était faite.»
Tout comme Frédéric Joanis, les deux autres entrepreneurs interrogés avouent qu’ils n’auraient pas pu développer leurs projets aussi rapidement s’ils avaient fait appel à des professionnels québécois, jugés trop chers.
Mais pour que le jeu en vaille la chandelle, il importe de bien comprendre les mandats que l’on délègue. «Si vous avancez en terrain inconnu, vous risquez de ne pas vous faire comprendre et vous obtiendrez n’importe quoi. Dans ce cas, vous devriez peut-être confier la tâche à un travailleur d’ici qui prendra le temps d’évaluer vos besoins», conseille Frédéric Joanis.
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On a beau être sympathique à la cause des petits entrepreneurs, l’emploi de main-d’œuvre à très bas salaire soulève inévitablement des questions éthiques. Marc Dagenais se défend toutefois d’exploiter qui que ce soit. «Quand on pense à la sous-traitance, on imagine des enfants qui fabriquent des souliers pour un dollar par jour dans des usines insalubres. Ce n’est pas ce que je fais, jure-t-il. Mes employés gagnent environ 400 dollars par mois. C’est un très bon salaire aux Philippines.»
En principe, cette forme de sous-traitance s’apparente à de l’exploitation, concède Dominique Caouette, professeur de sciences politiques à l’Université de Montréal et spécialiste des Philippines. Il s’agirait toutefois d’un moindre mal. «Les Philippins sont nombreux à vouloir quitter leur pays, explique-t-il. En créant de l’emploi là-bas, on évite l’exode des gens compétents et on ne brise pas les familles. De plus, leurs conditions de travail sont malgré tout meilleures que ce qu’ils trouveront en Occident. Pensez aux domestiques philippins exploités dans certaines de nos résidences cossues.»
Une équation gagnant-gagnant, donc? À part peut-être pour les professionnels québécois, qui pourraient ultimement souffrir de cette concurrence si elle en venait à envahir le marché des petites entreprises. Mais cette perspective n’inquiète pas Danielle Guérin, directrice du Réseau des professionnelles en soutien administratif virtuel. «Nos membres offrent des solutions personnalisées et connaissent bien les besoins de leurs clients, dit-elle. Je doute qu’on puisse en dire autant des professionnels aussi éloignés.»
Mais pour Marc Dagenais, la distance n’est plus vraiment un problème grâce aux technologies comme le réseau de téléphonie Internet Skype, qui lui permettent de développer une relation étroite avec ses sous-traitants. «Au début, je confiais des mandats à la pièce, se souvient-il. À chaque nouveau contrat, je devais réexpliquer ce que je voulais. Maintenant que j’ai une équipe, mes collaborateurs comprennent ce que je veux et ils me font même des suggestions.»
Les travailleurs québécois conservent toutefois un avantage : même si l’anglais domine l’économie du Web, plusieurs entrepreneurs d’ici auront toujours besoin d’offrir des services dans la langue de Molière. «Trouver des adjoints habiles en français est plus difficile, constate Gabriel Gascon. Il y en a dans des pays comme l’île Maurice ou l’Algérie, mais les travailleurs sont plus rares et les salaires sont plus élevés.»
N’empêche, la planète semble tout à coup bien petite.
Combien?
Aux Philippines, un rédacteur peut coûter aussi peu que 2,50 dollars l’heure, tandis qu’un bachelier en gestion publicitaire peut obtenir jusqu’à 10 dollars l’heure. Au Québec, les mêmes professionnels réclament des taux horaires variant entre 25 et 75 dollars. Un traducteur de l’île Maurice facture entre 4 et 6 cents le mot. Chez nous, ce même service vous coûtera entre 14 et 30 cents.