Le nécrophile est d’humeur sombre et le bon côté des choses lui échappe toujours. Il est né pour voir les verres à demi vides plutôt qu’à demi pleins. Il pressent les catastrophes et s’y complaît. Vous le reconnaissez?
Par définition, un nécrophile est un être attiré par les cadavres. Et il y a de si beaux «cadavres» dans une organisation, depuis les dossiers qui évoluent mal jusqu’aux rumeurs de faillite. Voilà autant de sujets d’intérêt pour le nécrophile, qui pousse son museau dans la puanteur et dans les tripes avec beaucoup d’enthousiasme. Évidemment, cela n’en fait pas votre petit rayon de soleil quotidien.
Nous avons tous tendance à ralentir pour regarder les accidents, nous avons tous le réflexe de suivre et de commenter les événements terribles comme le 11 septembre, mais ça ne dure que quelques instants et nous passons à autre chose. Le nécrophile, lui, ne se sent vivre que dans ces moments-là. Il n’est pas méchant, il ne se réjouit pas du malheur des autres, mais il a besoin de ces malheurs pour ressentir des émotions comme la solidarité et la compassion. Il a besoin que les choses aillent mal pour se sentir en accord avec la vie, et il a besoin de vous en parler.
Cela dit, il n’aime pas particulièrement les ragots, il ne tient pas à être le premier informé, mais il se contente de peindre en noir n’importe quel événement. «Suzanne va se marier», lui dites-vous. «À quand le divorce?» répond-il. Et si, dans un instant d’épanchement, vous lui faites part d’une légère préoccupation que vous avez à l’égard des résultats scolaires de votre fille de huit ans, préparez-vous à entendre parler des gangs de rue et du recrutement qu’ils font près des écoles!
Comment vous protéger alors? Il ne vous est pas vraiment possible d’aider le nécrophile à changer. Son habitude de vivre dans le malheur est profonde. L’éviter complètement serait cruel, car il a besoin des autres, comme chacun d’entre nous. Et puis, même la porte de votre bureau fermée, vous l’entendrez probablement bougonner contre la brocheuse, la photocopieuse ou l’ensemble de l’univers. Prenez-le plutôt à petites doses. Gardez vos distances, évitez les sujets personnels et contentez-vous d’écouter ses malheurs quelques minutes à la fois. Vous verrez, ce sera bien suffisant.
Vous connaissez d’autres manies dans le monde du travail? N’hésitez pas à m’écrire pour me les raconter, à bdemers@psychologue-conseil.com. Si on s’y met, on réussira peut-être à faire admettre un jour que certains comportements, au travail, dérangent tout le monde alors que l’on voudrait bien travailler en paix.