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Maniaques au travail

L'épuisante épuisée


«Toute une journée!» disait-elle chaque jour à 17 h en se tapotant les cheveux devant le miroir avant de partir chez elle… probablement pour épuiser sa famille.


par Bernard Demers, psychologue-conseil





Elle n’avait pourtant rien fait de particulier, ni ce jour-là ni un autre. Elle avait bourdonné à travers le bureau comme une guêpe en folie, elle avait eu de la broue dans le toupet, elle avait commenté à haute voix la plupart de ses actions comme pour mieux les dénombrer et nous montrer que c’est elle qui faisait tout; mais elle n’avait à peu près rien produit.

Il y a des tâches simples qui reviennent régulièrement. Chaque année, début décembre, il faut préparer l’envoi de plus de trois cents cartes de «bonne année» que le patron va signer une à une en y ajoutant parfois un commentaire personnel du genre : «Vas-tu enfin améliorer ton golf l’an prochain?» Pour ça, il a besoin d’avoir la liste des destinataires et d’avoir des enveloppes-réponses. Normalement, vous vous installez à l’ordi, vous ouvrez le dossier d’envoi massif de bons vœux, vous appuyez sur impression et vous sortez la liste. Puis, vous remplacez le papier par les feuilles d’autocollants, vous appuyez encore sur impression et vous avez les adresses pour les enveloppes. Coller trois cents adresses sur autant d’enveloppes vous prend encore une grosse heure puis, bingo, c’est fini.

Rien n’est simple pour certains

Avec l’épuisante épuisée, rien n’est simple. En fait, quand elle ouvre son ordinateur, elle trouve que son écran n’a pas l’air comme d’habitude, ce dont elle fait part à tous avant de se précipiter chez le technicien en lui disant que c’est une urgence, c’est pour l’envoi de Noël, le patron attend. Le technicien laisse en plan ce qu’il est en train de faire, vient voir la machine, constate que c’est un «cas de 18 pouces» (le problème est 18 pouces devant l’écran) et règle le contraste de l’écran. Rassurée, l’épuisante épuisée se met à l’ouvrage et cherche le dossier qu’elle ne trouve pas. Elle va voir une collègue pour lui demander sous quel nom il pourrait être classé, va aux archives trouver une liste des années précédentes, revient à son poste où elle ouvre une cinquantaine de dossiers (toujours en racontant à haute voix ce qu’elle fait) pour enfin tomber sur le bon.

Vous pensez que c’est fini?

Ça ne fait que commencer. Il n’y aura pas de papier dans l’imprimante, elle n’aura pas mis à jour les adresses de nombreux clients, elle ne trouvera pas les enveloppes (pas plus que les autocollants, d’ailleurs), elle ne se souviendra pas de la fonction fusion pour ajouter les adresses venant d’un autre dossier… et elle va faire tout ça en commentant ses actions, en interpellant les autres, en dérangeant tout le monde. En fin de journée, au moment où elle se tapotera les cheveux, les enveloppes ne seront toujours pas prêtes. Mais elle aura déjà mobilisé un commis et une téléphoniste pour demain, le premier pour coller les adresses, l’autre pour téléphoner à tous les contacts de la liste pour vérifier leur adresse.

Vous voulez survivre à une épuisante épuisée? Dites-vous que vous avez droit à un spectacle permanent et gratuit de Louis-José Houde… ou mettez-vous à la méditation.


Vous connaissez d’autres manies dans le monde du travail? N’hésitez pas à m’écrire pour me les raconter, à bdemers@psychologue-conseil.com. Si on s’y met, on réussira peut-être à faire admettre un jour que certains comportements, au travail, dérangent tout le monde alors que l’on voudrait bien travailler en paix.






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