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Maniaques au travail

La goule


On peut parfois avoir l’impression, au travail, de fréquenter un zoo. Mais il y a pire : vous pourriez vous trouver au milieu des êtres nocturnes...


par Bernard Demers, psychologue-conseil





Goule : n.f. Sorte de vampire femelle des légendes orientales. Voilà du moins la définition qu’en donne le dictionnaire. En règle générale, les films nous montrent des personnages féroces, à demi nus et dotés d’une dentition à faire rêver un requin. Bref, le genre de personnes qu’on préfère ne pas rencontrer.

Au travail aussi, on préférerait ne pas rencontrer de goule, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme. Mais ça ne dépend pas de nous. La goule est là ou pas, et ses dents sont plus ou moins visibles. Un jour, elle nous arrache un morceau de chair et on la démasque brusquement, juste un peu trop tard. Le seul moyen de la repérer, c’est de rencontrer un collègue qui a déjà été mordu, qui a survécu et qui ose en parler.

En fait, la goule vous arrache vos idées, vous vole vos réalisations, se nourrit de vos succès. Elle le fait de telle sorte que les autres, surtout, les patrons, pensent que c’est vraiment elle qui a réussi ce à quoi vous avez travaillé pendant des semaines. Vous préparez un gros dossier, avec une présentation PowerPoint sur les ventes de l’année. Vous avez réfléchi sur les tendances et sur ce qu’il faudrait faire pour améliorer les résultats financiers de la prochaine année. Il ne reste plus qu’à présenter votre analyse à l’équipe. Mais voilà qu’il y a une réunion importante au siège social de Toronto. La goule vous suggère d’y aller. Vous sautez sur l’occasion. En arrivant, vous apprenez que votre collègue a fait une fantastique présentation à Montréal et qu’on l’attend avec impatience, car elle est en route pour venir la donner aussi dans la ville reine.

Tactique diabolique

La goule n’y va pas en douceur. Ça fait mal parce qu’elle arrache de gros morceaux. Parfois, elle fait preuve de plus de discrétion, mais le mal est aussi grand. Elle vous laisse faire votre présentation. Tout se passe bien et tout le monde est intéressé, sauf que le chef d’équipe n’est pas là et la goule non plus. Elle est passée le voir avant, lui a montré ce qu’elle a dit être son dossier et, maintenant, elle est à Toronto avec lui pour faire la présentation.

Vous voulez la tuer, lui enfoncer un pieu dans le cœur... si elle en a un.

N’en parlez pas, n’y pensez même pas. Si vous avez le malheur de dire que la goule vous a volé, c’est vous qui allez passer pour jaloux, amer, malhonnête. C’est pour ça qu’il est si difficile de rencontrer un collègue déjà mordu qui ose en parler. Si trois ou quatre victimes se reconnaissent, elles pourront peut-être accumuler assez de preuves pour tenter de dénoncer la goule. Mais le mal est fait. Avec vos idées, votre travail, la goule a obtenu une promotion et elle fréquente un nouveau milieu. Seule consolation possible : dites-vous que c’est parmi ceux qui l’ont promue qu’elle choisira ses prochaines victimes.


Vous connaissez d’autres manies dans le monde du travail? N’hésitez pas à m’écrire pour me les raconter, à bdemers@psychologue-conseil.com. Si on s’y met, on réussira peut-être à faire admettre un jour que certains comportements, au travail, dérangent tout le monde alors que l’on voudrait bien travailler en paix.






Avez-vous déjà consommé de la drogue pendant vos heures de travail?








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