La pire des manies, celle qui fait le plus de mal aux collègues, c’est d’imposer ses propres manies. C’est là la spécialité du petit roi.
Le petit roi est un bel exemple de maladie au travail. Entre autres, parce qu’elle peut toucher tout le monde, et non pas seulement les gestionnaires. J’ai connu un commis au prêt d’équipement qui était un petit roi. Il régnait sur une dizaine d’étagères, mais il régnait en vrai tyran, en maître absolu, en roi incontesté.
C’est aussi un bel exemple de maladie parce qu’elle a un impact important sur les collègues du petit roi. On peut facilement reconnaître cette personne, car elle contrôle son secteur de façon tout à fait maniaque. Le petit roi complique tout, exige que l’on remplisse des formulaires pour emprunter un trombone, mais n’explique jamais pourquoi les choses sont si complexes. En fait, c’est tout simplement pour que personne ne puisse se mêler de son royaume. S’il est magasinier, il ne se contentera pas de vous donner le paquet que vous demandez. Il vérifiera d’abord votre identité, remplira une fiche et fera mine de chercher le paquet aussi longtemps que possible. Ça, c’est si vous avez la chance de le trouver à son comptoir, car il est souvent n’importe où sauf à son poste.
Si le petit roi est chef d’un département, ses quatre ou cinq employés savent qu’il n’est pas question d’utiliser un autre logiciel que celui qu’il impose ou de suivre une autre procédure que celle qu’il a rédigée. Ses collègues savent aussi qu’il ne sert à rien de lui faire part de demandes urgentes. S’il y a un feu dans le corridor, ne pensez pas à prendre SON extincteur dans SA salle. Vous n’avez qu’à vous procurer des extincteurs avec vos propres budgets!
Mais il va rester... jusqu’à la retraite ou à la mort. Faites-vous à l’idée. Vous pouvez vous résigner et perdre beaucoup de temps à satisfaire ses manies. Vous pouvez aussi décider d’utiliser le moins possible ses services. Dans les deux cas, comprenez bien que vous entrez dans le jeu, que votre fuite ou votre soumission lui conviennent autant. Vous pouvez aussi décider que ce n’est pas normal et qu’il faut que la situation change; à vous de voir ce que vous pouvez faire, dans votre milieu, de plus que de nommer la maladie et de montrer ses conséquences.
Vous connaissez d’autres manies dans le monde du travail? N’hésitez pas à m’écrire pour me les raconter, à bdemers@psychologue-conseil.com. Si on s’y met, on réussira peut-être à faire admettre un jour que certains comportements, au travail, dérangent tout le monde alors que l’on voudrait bien travailler en paix.