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Maniaques au travail

Le tueur


L’enthousiasme, les idées nouvelles, les projets de développement, sont autant d’éléments qui nous stimulent et qui rendent le travail plus intéressant. À moins qu’un tueur rode dans les parages...


par Bernard Demers, psychologue-conseil





Une idée brillante vous passe par la tête, comme la plupart des traits de génie, alors que vous êtes sous la douche. Vous arrivez au travail et en parlez tout de suite à deux de vos collègues : «Ne suffirait-il pas de peindre le modèle R2D2 en fuchsia et d’y ajouter un volet latéral pour doubler les ventes?» Vous voilà tous les trois enthousiasmés par l’idée et les retombées potentielles. Vous allez voir votre chef de section. Emballé, celui-ci organise une réunion au cours de laquelle vous faites des calculs, validez les projections et étudiez les moyens de concrétiser ce qui est en train de devenir un vrai projet. Voilà qui prouve que la vie est belle et que même les lundis matin peuvent être passionnants!

Quatre jours plus tard, le projet est structuré et vous le présentez, en groupe, à la direction. Tous vous écoutent avec attention, posent des questions et montrent leur intérêt. C’est dans la poche. Du moins, c’est ce que vous croyez.

Frapper pour tuer

«La couleur fuchsia n’est-elle pas illégale dans la province septentrionale du Sri Lanka?», demande d’une voix posée le responsable du service juridique. «Et, à bien y penser, il est impossible d’obtenir cette teinte sans utiliser les substances toxiques que l’on trouve dans les peintures rouges fabriquées en Chine, non?» Personne n’arrive à répondre. Vous avez beau signaler que le projet pourrait aussi fonctionner avec du vert lime, le doute s’est installé. «D’autant, ajoute le tueur, que ce n’est pas très sérieux de passer ainsi du fuchsia au vert lime. Cela montre bien la faiblesse du projet.»

Deux semaines plus tard, vous revenez à la charge avec tous les arguments nécessaires au sujet des couleurs et toutes les preuves de la rentabilité de l’opération. Mais le climat est plus froid et chacun hésite un peu. Le tueur vous laisse parler, puis fait remarquer que les volets latéraux comme ceux que vous voulez ajouter ne sont plus fabriqués nulle part dans le monde et que votre si belle idée ne pourra donc pas prendre forme. De toute façon, si ce n’est pas ça, ça sera autre chose, depuis la récession en Serbie jusqu’aux risques de grève en Équateur.

Les seuls bons projets sont ceux qu’il ne voit pas

Le tueur agit pour le plaisir de voir les autres échouer. Aucune idée n’est assez bonne pour lui, aucun projet ne doit déboucher. C’est peut-être parce qu’un des siens n’a pas marché il y a vingt ans (dans bien des cas, le tueur est dans l’organisation depuis longtemps) ou parce que les seules idées qu’il apprécie sont les siennes. Le résultat est le même : il tue toute idée nouvelle venant d’un autre et trouve toujours plus d’obstacles que de solutions.

Contournez-le, faites avancer vos dossiers sans qu’il le sache. Une fois les budgets votés et les décisions prises, il pourra bien prédire l’échec, et le souhaiter, vous aurez la chance de faire vos preuves. À force de prévoir des difficultés qui ne se produisent pas, c’est sa crédibilité que le tueur anéantira.


Vous connaissez d’autres manies dans le monde du travail? N’hésitez pas à m’écrire pour me les raconter, à bdemers@psychologue-conseil.com. Si on s’y met, on réussira peut-être à faire admettre un jour que certains comportements, au travail, dérangent tout le monde alors que l’on voudrait bien travailler en paix.






Seriez-vous prêt à faire garder votre enfant la nuit pour être plus productif au travail?







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