Certains prétendent avoir un tel sens du bien commun qu’ils savent ce qui est bon pour nous… sans jamais nous le demander. Et ils nous l’imposent!
Pas besoin d’être Napoléon ou Pinochet pour être un usurpateur. Non, l’usurpateur c’est ce collègue ou ce voisin qui, parce qu’il aime que les choses soient d’une telle façon, les place comme il le désire. Et vous avez intérêt à être d’accord!
Ainsi, au bureau, il trouve que l’éclairage de la salle de repos doit être faible. Ça le détend. Tous les matins, il place le gradateur à 3 et chaque fois qu’il passe devant la salle, il vérifie qu’il est encore à 3. Pourtant, les joueurs de cartes, les amateurs de mots croisés, ou ceux qui désirent simplement voir que la tomate qu’ils mangent est rouge voudraient que le gradateur soit à 7 ou à 8. Sauf qu’avec l’usurpateur, vous avez rencontré plus déterminé, plus fanatique, plus maniaque que vous. Essayez de placer le gradateur à 8; non seulement il va le remettre à 3, mais si vous recommencez, il va le bloquer, le déconnecter, le trafiquer.
Par définition, ce maniaque n’a pas de pouvoir légitime; il ne s’agit donc jamais d’un directeur ou d’un chef de service. Mais comme il veut absolument contrôler quelque chose, il jette son dévolu sur les détails du quotidien. Le hic, c’est qu’il ne lâche jamais le morceau, ce qui peut devenir irritant.
Bien sûr, vous vous dites que vous pouvez discuter avec lui. Mais il vous répond que tout le monde veut le gradateur à 3 et que c’est vous le perturbateur. À moins que vous ne lui apportiez une pétition signée par tout le bureau, il maintiendra sa position. Même devant une pétition, d’ailleurs, les spécimens les plus coriaces pourraient persister en décrétant que les gens ne savent pas ce qui est bon pour eux. S’il le faut, l’usurpateur n’hésitera pas à venir au travail à 6 heures du matin pour dévisser quelques ampoules et faire en sorte que, même avec le gradateur à 8, l’éclairage soit à 4. Alors, à moins de vouloir consacrer votre vie à cette cause somme toute assez insignifiante, vous feriez mieux de laisser tomber.
Si jamais, par miracle ou à la suite d’un déménagement, la question de l’éclairage de la salle de repos ne se pose plus, il trouvera une autre obsession, que ce soit le bon usage de la photocopieuse (dont le bruit est perturbant si on ne l’utilise pas bien, c’est-à-dire comme il dit de le faire) ou la façon de ranger les clés des véhicules corporatifs. L’idée, pour lui, c’est d’exercer son emprise quelque part, peu en importe la futilité. J’ai ainsi un voisin qui un jour a décidé que toutes les poubelles de la ruelle devaient être mises devant ma porte. Puis, devant les résistances du voisinage, il s’est mis à militer pour faire mettre un stop au milieu de la ruelle et ensuite pour faire entasser la neige du côté gauche de la rue.
Vous ne guérirez jamais un usurpateur. Assurez-vous simplement qu’on ne lui confie jamais une responsabilité qui puisse vous toucher comme celle de décider de l’affectation des locaux ou de la décoration des bureaux. Là, vous connaîtriez votre douleur!
Vous connaissez d’autres manies dans le monde du travail? N’hésitez pas à m’écrire pour me les raconter, à bdemers@psychologue-conseil.com. Si on s’y met, on réussira peut-être à faire admettre un jour que certains comportements, au travail, dérangent tout le monde alors que l’on voudrait bien travailler en paix.