Il arrive que l’on ait pour collègue, ou pire pour patron, quelqu’un atteint de procrastination, façon chic de dire qu’il remet à demain tout ce qu’il aurait dû faire pour hier.
Les travailleurs ont plusieurs manières de se comporter quand leur travail est en retard. Le «jevais» est celui qui avoue ne pas avoir encore fait ce qu’on lui avait demandé, mais qui affirme qu’il va le faire. «Non seulement je vais faire cela, mais je vais aussi faire cela et puis cela. Si je n’ai pas commencé, c’est que je pense que ce dossier mérite plus et mieux que ce qu’on avait prévu au départ.». Bref, pour gagner du temps, le «jevais» augmente la portée de ce qui doit être produit et lance l’échéance plus loin dans le futur. Avec un effet important sur vous.
Vous devez développer un nouveau moteur pour les pompes électriques des toilettes publiques de Saint-Éphrem-du-Grand-Creux. Votre collègue est censé vous préparer les croquis finaux des valves de sécurité. Arrive la date de tombée. Rien n’est prêt, mais c’est parce qu’il a réfléchi au système et a pensé que le même principe pourrait s’appliquer aux valves de la navette spatiale. En fait, les croquis qu’il va faire vont tenir compte du vide sidéral plutôt que de s’en tenir à l’huile sous pression. Le retour de l’homme sur la lune est à ce prix. Vous ne voudriez tout de même pas compromettre la recherche spatiale à cause de toilettes? Il y a des limites à être pressé et le travail doit être bien fait. Sans compter le brevet qui pourrait en découler.
Le «jevais» peut être très habile pour se déculpabiliser. Vous êtes en réunion et vous lui demandez pourquoi il n’a toujours pas livré tel rapport. Mais il l’a livré ! Incrédule, vous lui demandez quand. Il vous affirme l’avoir apporté il y a deux semaines. Ni vous ni les autres participants n’en ont le moindre souvenir, mais lui s’en souvient très bien. Si vous réussissez à le coincer davantage, il va vous sortir une copie d’un autre document. Vous dites alors que ce n’est pas ça que vous attendiez. Lui s’étonne. Comment, ce n’est pas ça ? Il y a eu un malentendu alors. Que voulez-vous donc ? Dites-le-lui et il va jurer de s’y mettre dès la fin de la réunion. C’est ainsi qu’il remet le compteur à zéro et que ce qu’il devait livrer il y a deux semaines est maintenant dû pour dans trois mois.
Vous voulez régler un cas de «jevais»? Il n’y a que deux moyens. Le premier est de le traiter comme on le fait pour l’alcoolisme ; la maladie doit être admise et la volonté de la contrôler doit s’exercer un jour à la fois, pour toute la vie. L’autre moyen c’est de s’en débarrasser, par le renvoi…ou l’expédition sans billet de retour à Saint-Éphrem-du-Grand-Creux.
Vous connaissez d’autres manies dans le monde du travail? N’hésitez pas à m’écrire pour me les raconter, à bdemers@psychologue-conseil.com. Si on s’y met, on réussira peut-être à faire admettre un jour que certains comportements, au travail, dérangent tout le monde alors que l’on voudrait bien travailler en paix.