Mobiles et polyvalents, les travailleurs peinent à faire tenir leur vie professionnelle sur deux pages. Place au portfolio en ligne, un outil qui permet de présenter son parcours dans les menus détails.
Longtemps réservé aux artistes de toutes sortes, le portfolio a suivi la révolution numérique. Autrefois un simple carton à dessin, il prend aujourd’hui la forme d’une adresse électronique où un travailleur affiche ses compétences, réalisations et objectifs. Ses adeptes le pressentent comme une approche d’avenir pour percer le marché du travail. Plus qu’un CV électronique (simple version numérisée d’un curriculum vitæ), le portfolio numérique consiste en une collection d’informations numériques qui fournissent des détails sur les expériences et compétences d’un travailleur.
Prenons l’exemple d’un architecte. En plus du résumé habituel de son parcours, il pourrait inclure dans son portfolio électronique une biographie, des plans, des photos et une visite virtuelle de bâtiments qu’il a conçus, des copies numérisées de ses diplômes, des lettres de recommandation, des témoignages de clients satisfaits, de même que ses objectifs et sa philosophie professionnelle.
Ces informations sont rassemblées sur une page Web personnelle, soit de type blogue, soit hébergée sur une plateforme spécialement conçue à cet effet. Perle et Édu-portfolio en sont deux exemples, élaborés par l’Université Concordia et l’Université de Montréal, respectivement. Ces plateformes permettent à chaque utilisateur de créer un portfolio à partir d’un modèle de base à personnaliser, un peu comme MySpace permet à ses utilisateurs de créer leur page personnelle, mais sans l’aspect réseau social.
«Le CV traditionnel rend compte des résultats, des expériences et de la qualification, alors que le portfolio numérique fournit les preuves de ce qu’un candidat avance», résume Mario Asselin, directeur général d’Opossum, une entreprise basée à Québec qui aide les institutions à intégrer les nouvelles technologies dans les processus d’apprentissage et de formation.
Selon ses adeptes, les avantages du portfolio numérique sont multiples. «Pour un travailleur, le processus de création d’un portfolio est bénéfique. Après s’être livré à l’exercice, il est mieux en mesure de parler de lui et de ses compétences en entrevue», explique Samantha Slade, technopédagogue.
Elle-même en a fait l’expérience alors qu’au début de la quarantaine, l’élaboration de son portfolio numérique lui a permis de faire le bilan de ses compétences et de se découvrir des talents pour l’entrepreneuriat. Forte de cette prise de conscience, elle a fondé Percolab, une entreprise montréalaise de consultation en technopédagogie, qui a également des antennes en Europe.
Par ailleurs, selon un sondage réalisé par le site CareerBuilder.com en 2006, un quart des employeurs américains utilisent Internet pour trouver des renseignements sur les candidats, en complément du CV traditionnel. Avoir un portfolio en ligne assure le chercheur d’emploi qu’un recruteur qui effectue une telle recherche tombera sur des informations pertinentes qui le mettent en valeur.
Aussi, il donne de la visibilité à un travailleur. Un entrepreneur qui a besoin d’un consultant spécialisé en droit électronique peut ainsi dénicher le spécialiste qu’il cherche en tapant quelques mots clés dans un moteur de recherche. Les informations contenues dans le portfolio numérique attestent de sa qualification.
C’est ce qui est arrivé à Mario Asselin. En 2002, alors qu’il était directeur d’école, la mise en ligne de son blogue (devenu un portfolio en bonne et due forme l’année dernière) lui a valu une série de contrats qui l’ont lancé dans une nouvelle carrière à titre de directeur général d’Opossum, de blogueur et de conférencier. Il est désormais invité à travers le Canada et l’Europe pour discourir des vertus du portfolio et de l’intégration des technologies aux apprentissages.