De juteuses augmentations
Les sept merveilles
Pharmaciens
Petite pilule, gros pécule
Les apothicaires valent cher ces temps-ci. C’est qu’il en manque de 600 à 1 000 pour combler les besoins des pharmacies et des établissements de santé du Québec. «L’offre et la demande sont tout à fait déséquilibrées», affirme Richard Saucier, président de la firme d’experts en rémunération Saucier Conseil. Phénomène récent, de Loblaws à Wal-Mart, les grandes surfaces veulent désormais abriter une pharmacie et profiter du vieillissement de la population! La demande est telle qu’un pharmacien fraîchement diplômé peut gagner 60 000 $ par année dès le départ, constate M. Saucier. Là où la pénurie frappe le plus fort, comme dans le Bas-Saint-Laurent et en Abitibi-Témiscamingue, on se les arrache. «Là-bas, leur salaire pourrait grimper de 10 % en 2007», affirme Jean-Marc Léveillé, conseiller en relations industrielles (CRIA) et président de l’agence de pharmaciens Elitis Pharma. Les autres devraient être augmentés d’environ 4,5 % (sauf les pharmaciens d’hôpitaux, dont le salaire est fixé par l’État à environ 35 $ l’heure).
Ces hausses peuvent paraître modestes après quatre ans de folle inflation, pendant lesquels le salaire horaire moyen d’un pharmacien salarié dans le secteur privé est passé de 28 $ à 40 $. C’est que les pharmaciens propriétaires commencent à mettre la pédale douce. «Ils ont une capacité limitée de payer de gros salaires, affirme M. Léveillé. Cette année, j’ai remarqué une stabilisation du taux horaire à 40 $, 45 $ l’heure, sauf dans les pharmacies qui préparent un grand volume d’ordonnances chaque jour. Celles-là paient jusqu’à 50 $ l’heure.»
Cadres dans les TIC
Bien cadrer
Après des années de vaches maigres, le secteur des technologies de l’information et des communications (TIC) reprend de la vigueur, et les cadres de direction sont gâtés. Selon l’enquête de l’Ordre des conseillers en ressources humaines, élaborée à partir des données de neuf cabinets de rémunération, ces gestionnaires devraient obtenir une augmentation de salaire moyenne d’au moins 4,08 % en 2007. «Cette hausse vise surtout à rattraper les années pendant lesquelles leur revenu a été gelé en raison du ralentissement dans le secteur», pense Jean-François Dumais, directeur de projets en ressources humaines à TECHNOCompétences. Les cadres supérieurs ont droit à une plus grande part du gâteau parce qu’ils sont difficiles à recruter. «Pour beaucoup d’employeurs, un technicien se remplace plus facilement qu’un gestionnaire. Il faut dire que bien des travailleurs ne veulent pas endurer un stress intense pour 10 000 $ de plus par année», ajoute François Trottier, conseiller en ressources humaines agréé (CRHA) et conseiller principal, rémunération globale, au Groupe-conseil Aon.
Les cadres changent aussi plus souvent d’emplois, car leurs talents en gestion est transférable dans plusieurs industries. Ils sont donc davantage courtisés. Par ailleurs, en ce moment, la tâche est particulièrement ardue pour le secteur de la haute technologie : «Les entreprises cherchent des gens à la fois doués en gestion de projet et en informatique, remarque Jean-François Dumais. Ce profil multidisciplinaire n’est pas courant.» Avis aux intéressés : en 2006, un directeur de la recherche et du développement dans le secteur des TIC gagnait en moyenne 91 700 $, selon TECHNOCompétences.
Hygiénistes dentaires
Sourire à belles dents
L’époque où les jeunes tourtereaux se voyaient offrir un dentier en cadeau de mariage, histoire d’éviter les coûteuses visites chez le dentiste, est bel et bien révolue. Aujourd’hui, la quasi obsession pour les dents blanches, droites et en santé fait le bonheur des hygiénistes dentaires, qui n’ont jamais été autant sollicités. Les huit cégeps qui offrent cette formation technique ont des classes pleines et n’arrivent toujours pas à répondre aux besoins des cabinets dentaires. «Cela favorise la hausse des salaires», observe Dominique Derome, directrice générale de l’Ordre des hygiénistes dentaires du Québec (OHDQ). De nombreux dentistes désemparés cognent à notre porte, car ils ne trouvent pas d’hygiéniste.» Même observation au Service de placement du Cégep de Chicoutimi, où on reçoit chaque semaine des appels de dentistes. «Ils sont prêts à payer le déménagement du candidat, à lui verser une prime d’éloignement et à hausser son salaire pour l’inciter à joindre leur cabinet», constate France Tremblay, agente de bureau dans cet établissement.
L’OHDQ a fait son calcul : alors qu’il y a deux ans le taux horaire moyen d’un hygiéniste était de 20,97 $, il atteignait facilement 26 $ pour un finissant en 2006. «Et le salaire continuera d’augmenter», estime Dominique Derome. Surtout dans les régions où la demande est forte, comme à Montréal et en Outaouais. «Il y a sept ans, un hygiéniste devait souvent travailler dans deux ou trois cabinets pour travailler à temps complet, ajoute-t-elle. Plus maintenant.»
Travailleurs des mines
Loin d’être dans le trou
Oubliez Germinal : les conditions de travail des mineurs québécois n’ont rien à voir avec celles des tristes personnages d’Émile Zola. À commencer par le chèque de paie, qui est tout sauf famélique : en moyenne 62 000 $ par année, sans compter les bonis qui peuvent ajouter jusqu’à 20 000 $ au salaire annuel. «Cette main-d’œuvre devrait connaître des augmentations d’au moins 5 % par année pendant cinq ans, et je suis conservateur dans mes prévisions» dit Luc Blanchette, économiste à Service Canada, bureau de l’Abitibi-Témiscamingue. Mais attention, précise-t-il : ces conditions alléchantes s’adressent surtout à ceux qui ont une formation spécialisée, comme les titulaires d’un diplôme d’études professionnelles (DEP) en forage ou en dynamitage, les techniciens miniers, les arpenteurs, les ingénieurs miniers et les géologues. «Un géologue d’expérience peut empocher 100 000 $ par année en ce moment, alors qu’il gagnait à peine 40 000 $ en 2001», affirme M. Blanchette.
L’industrie minière se développe en raison de la forte demande pour l’or et le cuivre sur les marchés mondiaux. Comme la main-d’œuvre se fait rare, les salaires gonflent à vue d’œil. «Le personnel n’est pas facile à recruter; le travail dans les mines est exigeant», constate l’économiste. Vrai que travailler dans la noirceur et l’humidité, souvent loin de sa famille, et manipuler de lourds équipements n’est pas une sinécure. En outre, des fermetures de mines au cours de la dernière décennie ont découragé les jeunes d’étudier dans ce domaine. Résultat : tout le monde s’arrache les finissants! «Même les responsables des mines du nord de l’Ontario appellent dans les écoles québécoises pour mettre la main sur des stagiaires», raconte Luc Blanchette. Comme quoi, l’avenir est parfois dans le trou.