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Mais même dans les boîtes où les politiques salariales semblent limpides, les zones d’ombre peuvent perdurer. C’est ce que constate Maxime (qui souhaite garder l’anonymat), délégué médical dans une entreprise pharmaceutique de la région montréalaise. Comme tous les employés de sa boîte, il reçoit un salaire correspondant à un certain grade. Pour progresser d’un grade à l’autre, il doit accomplir certaines tâches, comme augmenter les performances de ventes de son territoire.
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Mais comment savoir si le collègue qui investit plus dans l’amélioration de son handicap au golf que dans la prospection de médecins a obtenu une augmentation substantielle? «Certains divulguent leur pourcentage de hausse, mais jamais les chiffres absolus», raconte Maxime. Et pour cheminer vers le haut de l’échelle, encore faut-il être dans les bonnes grâces du patron et se faire confier des projets porteurs d’avancement. Sinon, bonjour la stagnation. Une collègue de Maxime, coincée au même échelon depuis des lunes, étale d’ailleurs régulièrement sa frustration et lance aux petits jeunots qu’ils doivent largement faire son salaire, même si elle n’a aucun moyen de le vérifier.
Car en plus de leur salaire, certains décrochent à l’abri des regards indiscrets des bonis souvent fort substantiels. «Les primes d’expertise, qui peuvent représenter près de 10 000 $ en plus du salaire, se négocient à la gueule du client, et dépendent de l’épaisseur du carnet d’adresses du salarié», s’indigne Daniel Raunet, qui préside le Comité de vigilance pour l’égalité salariale au SCRC. «Quelques gros poissons disposent de 30 jours de vacances supplémentaires par an.»
Le silence autour des rémunérations additionnelles joue en faveur des quelques privilégiés qui touchent des primes, puisque les autres salariés n’ont même pas conscience qu’ils pourraient réclamer davantage. Ce manque d’équité, parfois au sein d’une même équipe, met en colère l’animatrice Anne Godin, la Joël Le Bigot des Maritimes. «Je trouve ça profondément injuste. Moi, je touche mon salaire, c’est tout, même si je travaille très fort.»
Le Comité de vigilance lutte fort contre cette omertà. Il a obtenu récemment de la direction que 9 femmes journalistes d’Enjeux et de Zone libre obtiennent un total de 93 000 $ de compensation. Motif invoqué : une nette discrimination avec leurs collègues masculins, qui bénéficiaient de primes généreuses.
Le cas de Radio-Canada ne serait pas unique. La pratique existe notamment dans les universités, où les professeurs issus de secteurs compétitifs (donc où la rémunération est élevée) comme le droit ou l’informatique reçoivent parfois des primes généreuses pour compenser leur retrait de l’entreprise privée. Ces sommes restent à la discrétion des doyens.
Comme quoi, même dans les entreprises syndiquées, briser le tabou de la rémunération peut rapporter.