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Stratégies gagnantes
Marcher dans les pas de ses parents

De souche sûre

Plusieurs choisissent d’épouser le même métier que papa ou maman. Si le talent ou la passion se transmettent d’une génération à l’autre, chacun peut tracer son propre chemin.

par Mylène Tremblay
Photos : François Roy


Magazine Jobboom
Vol. 6 no. 9 octobre 2005


Julie Lanctôt

Chez les Iuliani, être clown, c’est une tradition qui se perpétue de père en fils», lance Frederico Boris Iuliani, qui a choisi de suivre les traces de son paternel après un parcours alambiqué. «Je suis tombé dedans quand j’étais petit!»

Enfant, Frederico, dit Fredolini (son nom d’artiste), partait chaque été en tournée pour suivre les artistes de cirque et rejoindre son père Patapouf, un clown anarchiste et libertaire qui s’est fait connaître au cours des dernières décennies. À 34 ans, Fredolini évoque avec délices ses premiers souvenirs. «C’était naturel pour moi d’arriver au cirque et de sentir l’odeur des éléphants, des lions, des tigres. Je me disais : ça sent comme à la maison!» Plus que les paroles, c’est la façon de vivre des parents qui marque les enfants. Les jeunes pour qui le père ou la mère présente une figure solide et significative auront tendance à s’identifier à cette image, voire à l’imiter. «Cela peut aller jusqu’à l’identification professionnelle», précise le psychologue industriel Jean-Paul Philie, de la firme montréalaise André Filion & Associés.

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Qu’est-ce qui fait que, dans une même famille, un enfant choisira la profession d’un parent et l’autre pas? Tout est une question de personnalité, de champs d’intérêt professionnels, de compétences et d’aptitudes, répond Jean-Paul Philie. Élevée au sein d’une famille de quatre enfants, la comédienne Sophie Faucher est la seule à avoir craqué pour le théâtre, à l’exemple de sa mère, Françoise. Gamine, elle aimait les récitations, montait des spectacles. «Je me suis vite rendu compte qu’en me cachant derrière un personnage, j’avais toutes les audaces», dit-elle.

«Les jeunes issus de parents gravitant dans le domaine des arts baignent dans un monde de stimulation, remarque Jean-Paul Philie. Ces secteurs sont facilement observables parce que publics.» Mais il n’y a pas que le domaine artistique qui soit touché par le phénomène d’identification, lequel se produit dans tous les milieux, ajoute le psychologue.

Un modèle sous les yeux

Julie Lanctôt, 33 ans, a vu ses parents effectuer un changement de cap à 180 degrés alors qu’elle était adolescente. Fatigué de «revêtir chaque matin son habit d’ingénieur» comme il le faisait depuis 25 ans, son père s’est inscrit à l’université en traduction. Sa mère, alors femme au foyer, a troqué le tablier contre des cours de traitement de texte. Ensemble, ils ont monté leur entreprise à domicile : pendant que le père traduisait, la mère tapait les textes! Lorsque Julie fut en âge de choisir sa carrière, l’exemple positif de ses parents l’a fait réfléchir. «Mes parents habitent une vieille maison où ils ont aménagé leur bureau. Ils ont une clientèle qui roule et un horaire flexible. Je me suis dit : pourquoi pas?»

Est-ce par manque d’imagination que certaines personnes optent pour la même profession qu’un parent? C’est plutôt par recherche de sécurité ou de facilité, avance Jean-Paul Philie. «Les parents ont fait déjà tous les contacts. Pour leur enfant, leur occupation, c’est du connu. L’individu pourra donc poursuivre aisément dans cette lignée.»

«J’ai peut-être manqué d’imagination au départ parce que mes deux parents gravitaient tous les deux dans le milieu du théâtre, avoue Sophie Faucher. À la maison, les repas étaient animés, mes parents parlaient de ce qu’ils faisaient. On sentait une véritable passion.» Quant à elle, Julie Lanctôt ne croit pas que son choix relève d’un déficit de créativité. «Je me suis inscrite en littérature sans trop savoir où cela me mènerait. Chemin faisant, j’ai pris conscience de mes forces, de mes faiblesses et du style de vie que je voulais. Mon choix s’est affirmé, et je suis devenue traductrice.»


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