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Stratégies gagnantes
Le désaccord

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Quand le boss a une idée, c’est généralement la bonne… même si ce n’est pas l’avis de tout le monde. A-t-on le droit d’exprimer son désaccord au travail?

par Geneviève Dubé


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 6 Juin 2007


Au boulot, Carl (nom fictif) n’a pas la langue dans sa poche. Il a toujours dit son opinion à ses patrons, quitte à perdre quelques emplois en cours de route. Intervenant social, il a démissionné plus d’une fois en raison d’un climat de travail insupportable engendré par ses prises de position. À la suite de ces mauvaises expériences, il en est venu à chercher un milieu de travail ouvert à la divergence d’opinions plutôt qu’un emploi à la hauteur de ses compétences.

Donner son opinion à son patron est non seulement un droit, mais un acte essentiel, selon Chantal Aurousseau, professeure spécialisée en relations interpersonnelles au travail au Département de communication sociale et publique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). «Je crois que les employés ont la responsabilité d’exprimer leur désaccord face aux décisions de leur patron. Il en va de la qualité du travail. C’est aussi ce qui permet de rester motivé au boulot. Les patrons devraient prendre les devants et demander l’opinion de leurs employés.»

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Ça ne se passe pas toujours ainsi. «Dans les entreprises québécoises, les patrons sont encore majoritairement conservateurs. Pour eux, toute forme de désaccord est vue comme une contestation de leur autorité», croit Luc Brunet, professeur de psychologie du travail à l’Université de Montréal.

François Cyr, avocat spécialisé en droit du travail, craint aussi les faux partisans de la gestion participative. «Il faut se méfier de la réunion du vendredi organisée par des gestionnaires soi-disant ouverts. Présentée comme une rencontre pour recevoir les idées des employés, elle peut devenir un piège pour ceux qui osent exprimer leurs opinions, car elle permet au patron de cibler les contestataires», illustre-t-il.

Opinions payantes

Luc Brunet croit pourtant que les opinions divergentes peuvent être payantes pour les dirigeants d’entreprise. Selon lui, le désaccord permet d’obtenir une perspective d’ensemble d’un problème, ce qui favorise une décision plus éclairée.

«Par exemple, le président Kennedy nommait deux membres de son équipe pour contre-argumenter les opinions des autres et ainsi faire ressortir tous les éléments d’une situation, raconte Pierre Lainey, chargé de formation en management à la Direction des programmes de certificat à HEC Montréal. Il demandait aussi à ses conseillers de s’exprimer avant lui après s’être rendu compte que, lorsqu’il parlait en premier, personne ne le contredisait.»

L’expérience des employés permet aussi d’éviter de mauvaises décisions, par exemple quand vient le temps de mettre en place une nouvelle méthode de travail. «Si un employé a déjà expérimenté cette méthode dans une autre entreprise et qu’elle s’est révélée inefficace, on peut s’orienter vers une meilleure solution», illustre Eugène Januszewski, directeur de division du réseau détail de la National Bank Correspondent Network (NBCN) et patron de près d’une centaine d’employés.

Exprimer son opinion peut également éliminer des frustrations inutiles. «Sou-vent, les employés ne connaissent pas tous les éléments qui influencent les décisions d’un patron. Les restrictions budgétaires ou l’impact d’une procédure sur la charge de travail d’autres services doivent être pris en considération. Lorsqu’un employé fait connaître son avis, je peux expliquer le contexte de ma décision», ajoute M. Januszewski.

Passer à l’acte

Si les personnes interviewées s’entendent sur le fait que les opinions divergentes doivent être partagées, encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est qu’il ne faut pas écorcher les sentiments du patron. Et encore moins remettre en question sa gestion. Il faut donc s’en tenir aux faits et choisir le bon moment. En réunion? Avant? Après? Seul à seul?

«La meilleure façon de le savoir, c’est de lui demander si c’est un bon moment pour lui faire part de son point de vue, suggère Chantal Aurousseau. De cette manière, l’employé sait que son patron sera prêt à entendre une opinion différente.» De plus, il faut faire confiance à son jugement parce que chaque situation est différente. «Lorsque des gens de notre entreprise venant de Toronto, par exemple, participent à l’une de nos réunions, je préfère qu’un employé me fasse part de son désaccord avant. De cette façon, je peux prévoir un moment durant la rencontre pour en discuter», explique Eugène Januszewski.

Sinon, il faut choisir le moment selon la personnalité du patron. «En général, je vais le voir en matinée, car je sais qu’il est de bonne humeur et plus réceptif», dit Mathieu Girard, représentant des services financiers dans le milieu bancaire. Pour sa part, Julien Savary, conseiller aux ventes internes chez Baldor Québec-Atlantique, attend la fin de la journée pour discuter avec son supérieur. «On se réunit à cinq heures autour d’une bière et c’est à ce moment-là que je lui fais part de mes opinions. C’est une méthode informelle, mais elle fonctionne pour moi depuis huit ans!»

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Résultats



Québec

45,9 %


Situation de l’emploi :
Défavorable

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