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Stratégies gagnantes

Ouvre-toi (suite)


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 6 Juin 2007

Une fois le moment choisi, il reste à savoir comment exprimer son désaccord. Il sera évidemment mieux reçu s’il est présenté comme une suggestion pour améliorer la productivité plutôt que sous forme de critique. «S’appuyer sur des jugements d’experts sur la question est un bon moyen d’exprimer un doute sur une procédure», propose Pierre Lainey.

Pour remettre en question le statu quo ou le pouvoir patronal, le Syndicat des aciers forgés de Sorel-CSN suggère quant à lui de proposer des solutions bénéfiques pour tous. «Lorsque nous avons voulu remplacer les planchers de ciment par des planchers de bois souple parce que les employés souffraient de maux de dos, nous avons démontré que l’entreprise épargnerait aussi de l’argent si ces problèmes s’estompaient. Les patrons ont ainsi accepté notre demande», raconte le président Jacques Courcy.

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Mais pour que ces techniques de communication soient efficaces et éviter de commettre des impairs, il vaut mieux se tourner la langue sept fois dans la bouche avant de parler. «Il m’arrivait fréquemment de me fâcher contre mon ancien patron en raison de son manque d’ouverture face à mon point de vue sur certaines méthodes de travail. J’ai commencé à le contredire devant l’équipe, car mes émotions prenaient rapidement le dessus. Mais mes collègues m’ont peu à peu évitée pour ne pas que le patron les associe à mes opinions», raconte Louise (nom fictif), technicienne en financement.

Carl éprouvait aussi des difficultés à se contenir. L’intervenant social réagissait fortement à certaines décisions de ses patrons : «Je leur disais sur-le-champ mon avis, mais sous l’effet de la colère, ma façon de m’exprimer n’était pas toujours respectueuse», admet-il.

Denis Morin, professeur-chercheur agrégé en gestion des ressources humaines à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, croit aussi qu’il faut faire la part des choses. «Il est important d’exprimer son désaccord si l’intention est d’améliorer le fonctionnement de la boîte, mais si on le fait en fonction de son intérêt personnel, ce n’est pas productif», nuance-t-il.

Les désaccords refoulés peuvent être dévastateurs.

Les fleurs ou le pot

Quoi qu’il en soit, les contestataires seront perçus de différentes façons selon les patrons. Les travailleurs qui expriment leur point de vue, qu’il soit divergent ou non, sont parfois valorisés pour leur contribution au succès de l’entreprise. «Nous avons un programme de reconnaissance des employés qui souligne leur implication. Ils sont souvent remarqués par la direction et ils bénéficient d’avancement», dit Eugène Januszewski.

Après avoir été mise de côté par ses patrons pendant plusieurs années en raison de ses prises de position, Louise est maintenant respectée dans l’entreprise et ses collègues lui sont reconnaissants pour les améliorations des méthodes de travail qu’elle a obtenues. «Aujourd’hui, mon nouveau patron considère mon point de vue; il vient souvent me demander mon opinion!»

Par contre, la divergence d’opinions entraîne des conséquences pour beaucoup de travailleurs. De nombreux clients de l’avocat François Cyr ont été congédiés, ont subi une mise à pied camouflée ou ont démissionné après avoir vécu du harcèlement psychologique à la suite de l’expression de leur désaccord. «Pour partager une opinion, un rapport de confiance entre le patron et l’employé qui souhaite s’exprimer est nécessaire. Il faut plus qu’une boîte de suggestions installée au mur», prévient-il.

Que ça leur plaise ou non, les patrons devront adapter leur style de gestion et tendre l’oreille aux opinions de la génération Y, qui débarque sur le marché du travail. «Les jeunes parlent plus que leurs aînés et ont envie de s’impliquer dans l’entreprise. S’ils frappent un mur dans le bureau du patron, ils iront voir ailleurs», croit le directeur de division de la NBCN.

C’est que les désaccords refoulés peuvent être dévastateurs. «Ne pas s’exprimer n’apporte rien de bon, croit Denis Morin, de l’UQAM. Les employés silencieux deviennent frustrés, angoissés et se désengagent de leur travail. Ils commencent par arriver en retard, puis s’absentent davantage, pour ultimement quitter l’entreprise.»

Bref, il vaut peut-être mieux profiter de la tête dure d’un employé que de se contenter de ses bras!

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