Des vents contraires soufflent sur les économies régionales au Québec. D'une part, la montée du dollar canadien, la concurrence des pays émergents et les difficultés de l'industrie forestière fragilisent les emplois dans plusieurs communautés. D'autre part, la vigueur du secteur des services, la reprise de l'industrie minière et des grands travaux d'infrastructures créent une effervescence qui profite aux travailleurs. Portait de trois régions qui en bénéficient.

Rouyn-Noranda
En raison de la forte demande internationale de métaux, l’extraction minière bat son plein et ragaillardit l’économie de l’Abitibi-Témiscamingue.
Après un recul de l’emploi en 2005, l’Abitibi a enregistré un gain de 2 400 postes en 2006 et le taux de chômage a chuté à 9 %, son plus bas niveau depuis 20 ans, souligne Sabrina Morin, analyste du marché du travail à Emploi-Québec. Une légère croissance de l’emploi s’est même installée en 2007.
Car si les pays émergents, notamment la Chine et l’Inde, constituent des compétiteurs redoutables, ils ont aussi des besoins insatiables de matières premières. Une région-ressource comme l’Abitibi-Témiscamingue, qui bénéficie d’un sous-sol riche en métaux (or, argent, cuivre, zinc et nickel), est bien placée pour tirer avantage de cette situation.
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«Plus la Chine produit et plus on écoule nos matières premières, le cuivre et le zinc notamment», souligne Luc Blanchette, économiste pour l’Abitibi-Témiscamingue à Service Canada. Il ajoute que les prix de ces métaux ont augmenté d’environ 300 % en moyenne depuis la fin de 2003, rentabilisant du même coup les investissements requis pour les extraire. Les projets d’ouverture de mines sont d’ailleurs nombreux, laissant entrevoir une croissance annuelle de l’emploi de 3,7 % entre 2007 et 2009 dans l’extraction minière et de 11,9 % dans la première transformation des métaux.
Cette poussée est certes bienvenue devant l’état de l’autre pilier économique régional, la forêt. Celui-ci éprouve des difficultés importantes, conséquences de plusieurs éléments défavorables : réduction de 20 % des droits de coupe, contrecoup de la crise du bois d’œuvre, forte poussée du dollar canadien, etc. Une grande incertitude prévaut aussi dans l’industrie des pâtes et papiers.
La construction, en contrepartie, connaît des années fastes dans la région et la croissance annuelle de l’emploi y est anticipée à 3,6 % de 2007 à 2009. D’une part, on construit de nouvelles mines et, d’autre part, les municipalités de Val-d’Or et de Rouyn-Noranda font face à une pénurie de logements. Mais surtout, la construction hydroélectrique et de mines dans le Nord-du-Québec attire massivement la main-d’œuvre abitibienne.
La revanche des berceaux
Les tendances observées dans le recensement de 2006 sont encourageantes.
«Le solde migratoire interrégional est toujours négatif, mais il diminue
d’année en année. Alors qu’on perdait près de 2 000 personnes en 2001, ce
nombre n’était plus que de 374 en 2006», note Sabrina Morin.
Le recensement de 2006 indique aussi un ralentissement marqué de la chute de population dans la tranche des 0 à 14 ans, et une première augmentation depuis des décennies de la tranche des 25 à 34 ans. Ces jeunes reviennent prendre les emplois disponibles dans la région et profitent des nouvelles largesses de l’État, selon Luc Blanchette : «Il semble que la politique de natalité fonctionne; le régime d’assurance parentale bonifié et les frais de garde réduits pour les enfants stimulent la croissance démographique.»