Stratégies gagnantes

Des collègues inséparables

Les relations intimes, profondes et à long terme ne sont pas confinées au domaine de l’amour. Au travail aussi, on peut s’embarquer à deux pour un bon bout de chemin professionnel. Rencontre avec trois combinaisons gagnantes, qui ont uni leurs forces pour le meilleur, en évitant le pire!

par Bianca Joubert | Photo : Dominique Lafond


Magazine Jobboom
Vol. 10 no. 5
mai 2009


Les patrouilleurs
Richard Lefebvre et Henri Denis, policiers

Avec 23 années de «vie commune», Richard Lefebvre, 46 ans, et Henri Denis, 49 ans, forment le plus ancien duo de patrouilleurs du Service de police de la Ville de Montréal. «On a été plus endurants l’un envers l’autre que nos ex-femmes!» rigole Henri.

Dès sa deuxième journée au poste 38, sur le Plateau-Mont-Royal, Henri était jumelé par hasard avec Richard. Six mois plus tard, ils décidaient de former un duo fixe et ne se sont jamais séparés depuis. Une possibilité dans les petits postes, alors que dans les gros, une rotation des équipes est imposée.

«Quand on passe 8 heures par jour à 15 cm l’un de l’autre durant autant d’années, ça rapproche», relate Richard, qui considère Henri comme le frère qu’il n’a jamais eu. Ainsi, les deux hommes se sont beaucoup épaulés pendant leurs divorces, survenus à un mois d’intervalle. Leur quartier général est l’un de ceux qui reçoivent le plus d’appels à Montréal. Ça tombe bien : Richard et Henri carburent à l’adrénaline et aiment que ça roule. «On a le même plaisir à aider les gens, le même rythme de travail et la même vision du métier.»

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La clé de leur entente réside également dans leur complémentarité. Henri, c’est la sagesse et le calme. Richard se dit plus extraverti, plus impulsif. Le premier conduit, l’autre jase…

Leur grande complicité va parfois au-delà des mots. «On a souvent la même idée en même temps. On n’a même plus besoin de se parler, on se fait un signe. À six mètres de moi, Richard sait si je suis énervé ou pas…»

Les deux collègues se font un point d’honneur de ne jamais mettre en doute la décision de l’autre et ont tous deux une confiance aveugle en leur partenaire.

Comme le moindre geste peut devenir fatal, ils ont intérêt à être solidaires. «L’intégrité physique d’Henri dépend de moi. Si Henri mange une volée, c’est sûr que je vais y aller, quitte à être blessé», explique Richard. Ils sont, ajoute-t-il sans jeu de mots, des polices d’assurance l’un pour l’autre!

Les soigneuses
Christine Caron, médecin, et Suzan Guité-Gagnon, infirmière

Autour d’un sandwich ou dans les allées de la clinique Médecine privée Notre-Dame, à Saint-Lambert près de Montréal, elles se tutoient comme mère et fille. Mais devant les patients, la docteure Christine Caron, omnipraticienne spécialisée en phlébologie, et son assistante et aînée, l’infirmière bachelière Suzan Guité- Gagnon, se gardent une petite gêne. «Une question d’éthique professionnelle», affirment-elles. Un des rares écarts à leur familiarité habituelle.

Les deux femmes se sont rencontrées à l’unité d’obstétrique de l’Hôpital Charles LeMoyne de Longueuil en 1995, où elles se côtoyaient à l’occasion. «On a fait plusieurs accouchements ensemble. Lorsque je voyais apparaître son visage souriant au bout du corridor, j’étais contente. Je me disais que la patiente était entre bonnes mains», témoigne Christine.

Lorsque Christine a commencé à travailler en clinique privée, en 2002, elle a tout de suite su qui elle voulait à ses côtés. Seul hic : Suzan était à la retraite depuis six mois… Qu’à cela ne tienne, la docteure a fait une offre à son ancienne assistante. «J’ai dit oui tout de suite!» s’exclame Suzan.

Sept ans de pratique commune n’ont jamais entamé l’amitié qui les unit. Et ce, même si elles évoluent dans un milieu où la surcharge de travail, le manque de personnel et la mobilité ont peu à peu raison des relations professionnelles à long terme.

Quelques déménagements et trois cliniques plus tard, elles travaillent toujours ensemble. «Ses valeurs concordent avec les miennes, confie Suzan. Elle a du respect pour ses patients, le souci de leur venir en aide et elle ne les laisse jamais en plan.»

Elles observent aussi une certaine hiérarchie. «Même si j’ai 20 ans de plus qu’elle, elle est le médecin et je respecte son autorité», explique Suzan. Cela dit, Christine laisse son assistante prendre beaucoup d’initiatives. «Il faut se donner de la liberté. Je démontre une grande confiance à Suzan et vice-versa.» Les patients en profitent puisque la qualité des soins s’en trouve améliorée, croient-elles.

La bonne entente entre les deux collègues est précieuse. «Je ne m’imagine pas travailler avec quelqu’un d’autre, avance Suzan. Je me sens bien avec Christine et je la considère presque comme ma fille.»

La prochaine fois qu’elle quittera le métier, ce sera pour de bon.


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