Commencer un nouvel emploi est toujours angoissant. Comment garder la tête froide si, en plus, une catastrophe se déclenche dès son arrivée en poste? Conseils pour partir sur les chapeaux de roues en gardant bien les mains sur le volant.

Une tempête de 23 centimètres de neige, un débrayage des cols bleus en pleine heure de pointe et trois vies tristement fauchées par des camions de déneigement. Pas de doute : Luis Miranda a connu une première semaine infernale à titre de nouveau responsable du déneigement de la ville de Montréal, en janvier dernier. C’est ce qu’on appelle un baptême du feu!
«Ç’a été un moment difficile», se remémore Luis Miranda, quelques mois après la tourmente. «J’ai dû gérer à la fois la crise prioritaire, c’est-à-dire assurer le déneigement, régler la question du débrayage et réagir aux accidents tragiques, et en même temps gérer la crise médiatique. Mais je n’ai pas regretté d’avoir accepté le poste. Je suis un ancien pompier, alors j’ai l’habitude d’éteindre des feux!» Il avait également l’avantage de connaître les rouages de son milieu de travail : Luis Miranda est actif en politique municipale depuis 20 ans.
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Il en va autrement pour un travailleur fraîchement débarqué dans une organisation, sans le moindre repère. «Un nouvel employé n’a pas encore eu le temps de comprendre le contexte de l’organisation et de se faire des alliés à l’interne», explique Sylvie Lepage, consultante en ressources humaines chez Innovation RH, à Laval. Il est donc mal équipé pour faire face à une crise.
La réaction à un baptême du feu peut néanmoins être capitale. «On se fera inévitablement juger sur la façon dont on traverse une première tempête, et nos collègues vont découvrir nos forces et nos faiblesses», estime Martine Lemonde, conseillère d’orientation et directrice des services professionnels chez Brisson Legris, révélateurs de potentiels. «Débarquer en état de panique dans le bureau du patron ou montrer à ses collègues qu’on perd les pédales peut être dangereux, ajoute-t-elle. Le souvenir ainsi laissé pourrait être très difficile à effacer.»
Surtout, ne balayez pas les ennuis sous le tapis. «Dans au moins 80 % des crises dans les organisations, quelqu’un a aggravé les choses en camouflant le problème ou en essayant de le régler avec des solutions inadéquates», met en garde Richard Thibault, consultant et auteur de Comment gérer la prochaine crise. «Dans un nouvel emploi, il faut accepter que l’on n’a pas tous les talents ni tous les secrets, enchaîne-t-il. Il est possible qu’une situation survienne qui dépasse nos compétences.»
C’est exactement le constat que Rébecca (qui préfère taire son nom de famille) a dû faire l’an dernier. Aujourd’hui productrice Web dans une agence de publicité, elle a fait ses armes comme chargée de projet dans une boîte de production interactive. Trois jours après son arrivée, elle s’est retrouvée à la tête d’un important projet de bannières électroniques pour le client principal de l’entreprise.
«Le client me mitraillait de demandes super urgentes avec plein de spécifications techniques et je n’avais aucune idée de quoi il me parlait! Je n’avais pas d’expérience en production Web et j’étais complètement perdue», raconte-t-elle.
Désemparée, elle a joué la carte de l’humilité. «J’ai dit à mon patron très franchement que j’avais l’impression que le client m’avait parlé en chinois. J’ai promis de tout faire pour accomplir les tâches demandées, mais je ne voulais pas qu’il soit surpris si jamais je me plantais.» Elle a évité la catastrophe en consacrant ses soirées à des lectures pour acquérir en accéléré les connaissances qui lui manquaient.
Sans nécessairement préconiser les heures supplémentaires, Martine Lemonde applaudit l’attitude de Rébecca. «À moins d’être au sommet de l’entreprise, ça peut être très utile d’aller voir son patron et de dire “je ne sais plus par quel bout prendre ce problème”», estime-t-elle.