Source : Le Journal de Montréal - À l’entrée principale du «complexe» de la mine Raglan, les mineurs ne peuvent ignorer une photo du légendaire Maurice «Rocket» Richard et trois petits mots: «Ne jamais abandonner.»
Il faut avoir la couenne dure et du coeur au ventre pour accepter de travailler dans le Grand Nord québécois. «Le plus difficile, c’est l’éloignement», concède Alex Soucy, 46 ans.
Il est arrivé à Katinniq en 1996. Il a été mineur à Timmins, en Ontario, avant de mettre le cap sur le Grand Nord.
Il a un horaire de travail qui exige beaucoup de flexibilité et d’endurance. «Je passe trois semaines d’affilée ici et je rentre à la maison pour deux autres semaines de congé. C’est dur pour la famille», dit le contremaître général à l’emploi de la minière Xstrata.
Alex Soucy s’occupe de l’aéroport et du port de Baie Déception, situés à une heure et demie de route des installations de la mine Raglan.
Il ne changerait pas de travail pour tout l’or du monde. «Je n’irai jamais travailler dans le Sud (Montréal) pour faire du 9 à 5», dit-il, convaincu.
À ses côtés, Roger Plasse, 42 ans, ne cache pas que la vie dans le Grand Nord présente sa part de défis. «La paye est bonne, mais il faut avoir l’esprit aventurier si on veut tenir le coup», laisse-t-il entendre.
Roger Plasse a ses racines en Abitibi. Il a travaillé à la Baie James à la fin des années 1980. Il a connu le froid et les vents violents. «Mais ça ne se compare pas aux blizzards du Grand Nord, dit-il. On connaît des températures de moins 40 Celsius avec des bourrasques qui te rentrent dans les os. C’est terrible», dit-il en esquissant un sourire figé.
Cette journée-là, au port de Baie Déception – c’était à la mi-juillet – il faisait anormalement beau et chaud (25 degrés).
«C’est agréable quand il fait beau. Mais très souvent, avec les froids intenses, on vit l’enfer quand il faut monter sur le bateau pour les activités de déchargement», souligne le contremaître.
Une double vie
Steve Fortin, 35 ans, de LaSarre, en Abitibi, reconnaît vivre «une double vie» depuis qu’il est à l’emploi de la mine Raglan.
«On s’habitue. Mais on réalise, avec le temps, qu’on passe plus de temps ici qu’en bas. Les mineurs avec qui je travaille, ce sont aussi mes amis», raconte-t-il. Daniel Thériault, 49 ans, de Val-d’Or, préfère parler des «avantages» que des inconvénients.
«On a deux semaines de congé qu’on peut passer à la maison, et le salaire dépasse les 100 000 $ par année», dit-il.
Mais les mineurs qui sont à la mine Raglan ne sont pas de vertes recrues, selon lui. Il constate que les mineurs ont appris à vivre dans des conditions parfois difficiles, loin des leurs.
Pommes de terre
Donald Boulay, 51 ans, qu’on a baptisé le «capitaine des mines», a du feu dans les yeux quand il parle de la «complicité entre les mineurs».
«On se tient comme si on était une famille. Il y a beaucoup de solidarité dans nos rangs. On ne retrouve pas ça ailleurs», dit ce mineur qui dit «aimer l’humidité qui se dégage des sous-sols miniers».
«C’est difficile à expliquer, ajoute-t-il. Mais je me sens bien quand je descends sous terre.»
[ 09-09-2008 ]