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Il y a 10 ans, le taux de chômage dépassait 12 % au Québec, et le marché de l'emploi était plutôt fermé pour les jeunes. Aujourd'hui, le taux de chômage est tombé à 8 %, et les nouveaux diplômés, plus rares, ont moins de mal à se placer. Mais d'autres défis les attendent. Retour sur une décennie d'observations par Les carrières d'avenir.

Patricia Richard, directrice générale des contenus Jobboom, se souvient bien des raisons qui ont motivé la publication, il y a 10 ans, d'un guide sur les formations offrant les meilleures perspectives d'emploi.
«Nous étions en fin de récession économique. Le marché de l'emploi ne se portait pas très bien, mais il y avait malgré tout des formations recherchées dans certains secteurs d'activité. Nous avons lancé le projet en partant de l'idée que les gens ignoraient cette demande. Nous étions également à la veille de l'an 2000, on craignait le fameux bogue. Il y avait une effervescence dans le domaine des technologies de l'information, et nous voulions aussi analyser les besoins de main-d'œuvre dans ce secteur.»
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L'ouvrage, intitulé Les carrières de l'an 2000 dans sa première édition, a été vendu à quelque 40 000 exemplaires. «On a touché une corde sensible, note Patricia Richard. L'équipe de Jobboom a été la première à traiter l'information sur l'économie du marché de l'emploi de manière aussi documentée, en validant les statistiques sur le placement des diplômés auprès des établissements d'enseignement et des employeurs.»
Au fil des ans, Patricia Richard a constaté que de nombreux programmes sont demeurés sur la liste des formations gagnantes en raison d'un manque persistant de diplômés. C'est le cas de formations comme le baccalauréat en sciences géomatiques, le diplôme d'études collégiales (DEC) en technologie de la transformation des aliments, les diplômes d'études professionnelles (DEP) en techniques d'usinage et en soudage-montage.
Au ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), on estime que ces programmes sont parmi ceux qui souffrent du désintérêt des jeunes. «Les programmes touchant les domaines du multimédia, des communications, des services policiers, de l'électricité et des soins esthétiques attirent facilement la clientèle, indique la porte-parole du Ministère, Marie-France Boulay. À l'inverse, ceux qui mènent aux domaines industriels [agroalimentaire, chimie, électronique, usinage, fabrication mécanique] ont plus de difficulté à faire le plein d'élèves.»
Mircea Vultur est professeur en sociologie et chercheur à l'Institut national de la recherche scientifique. Il achève une étude concernant l'insertion sur le marché du travail des jeunes diplômés de la formation professionnelle et technique. Il a observé que la rareté de diplômés dans certains programmes entraînait des difficultés de recrutement en entreprise, notamment dans les domaines de la fabrication mécanique, de la restauration et de la transformation alimentaire. À son avis, outre le manque d'intérêt des jeunes, le phénomène de la dénatalité est en cause. «La population des 15-24 ans a diminué d'environ 25 % depuis 20 ans. On manque de jeunes pour répondre aux besoins en matière d'emploi.»
Pour surmonter les effets de la décroissance démographique sur les inscriptions, le MELS soutient qu'il faudrait attirer à l'école des personnes un peu plus âgées, qui ne possèdent pas de qualification professionnelle. Selon le Ministère, une hausse de 10 % à 15 % des inscriptions en formation professionnelle et technique pourrait permettre de mieux répondre aux besoins du marché de l'emploi.
«Notre liste annuelle des formations gagnantes a vu passer les grandes vagues économiques, remarque Patricia Richard. L'aérospatiale, par exemple, a connu un recul après les attentats de 2001 puis s'est redressée vers 2004. Nous avons aussi été témoins du boum de la construction : au ralenti dans les années 1990, cette industrie a connu un élan au début des années 2000. Par ailleurs, la problématique de recrutement dans le secteur de la santé est demeurée entière et les besoins dans ce domaine s'accentuent dans tous les ordres d'enseignement.» Les baccalauréats en ergothérapie, en pharmacie, en physiothérapie et en sciences infirmières sont d'ailleurs demeurés fidèles au Top au moins 9 années sur 10. Les DEC Soins infirmiers, Techniques d'orthèses visuelles et Techniques d'orthèses et de prothèses orthopédiques ainsi que les DEP Santé, assistance et soins infirmiers et Assistance en pharmacie y ont figuré au moins 8 années sur 10.
Et la demande va augmenter. «À elles seules, les infirmières représentent un bassin de plus de 60 000 emplois, souligne Marie-France Boulay. Pour remplacer celles qui partent à la retraite et pourvoir aux nouveaux postes créés, il faudra former chaque année plusieurs milliers de diplômées.» Les programmes de DEC Techniques d'inhalothérapie, Technologie de médecine nucléaire et Technologie de radiodiagnostic devront aussi augmenter considérablement leur clientèle pour répondre à la demande.