Trouver un article
Par ailleurs, les années d’ancienneté dans un poste ne sont pas nécessairement un gage de compétence. «Ça existe des ouvriers ou des cadres qui travaillent mal depuis 20 ans!» lance Pierre-Marie Lagier, chargé de cours au Département d’organisation et ressources humaines de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal. Selon lui, la meilleure façon de jauger la compétence d’un candidat à l’emploi, c’est de le prendre comme stagiaire ou de tester ses capacités lors d’une simulation. C’est ce qu’a fait Jean-Michel Deblois, directeur de la production chez Cométal, un fabricant d’équipement architectural et mécanique. «Avant d’offrir des postes de dessinatrices techniques à deux nouvelles diplômées en dessin industriel et en conception assistée par ordinateur, je leur ai donné une tâche concrète à exécuter. J’ai pu vérifier leur compréhension des logiciels et leur rapidité.»
Pour encourager les entreprises à engager des jeunes, des organismes offrent des subventions pouvant payer jusqu’à 60 % du salaire du nouveau diplômé durant quelques mois.
| Pub. |
Car même s’ils sont «verts», les jeunes diplômés ont des atouts à offrir. Habiles avec les nouvelles technologies, ils ont notamment une bonne capacité d’adaptation. «Même si un équipement ne leur est pas familier, les diplômés en ont appris les principes et s’y adapteront rapidement», soutient Élisabeth Mazalon, professeure au Département de pédagogie de l’Université de Sherbrooke.
Leur rendement pourrait même être supérieur à celui d’un employé de longue date. «Ils seront beaucoup plus à l’aise avec une gestion informatisée des opérations qu’un travailleur comptant 20 ans d’expérience qui ne sait pas manier une souris!» renchérit Rossana Pettinati, présidente du comité Compétences chez les Manufacturiers et exportateurs du Québec.
Pour encourager les entreprises à engager des jeunes, des organismes offrent d’ailleurs des subventions pouvant payer jusqu’à 60 % du salaire du nouveau diplômé durant quelques mois. C’est le cas dans certaines chambres de commerce et de l’industrie comme celles du Saguenay et de Thérèse-de-Blainville et dans quelques centres d’aide aux entreprises. Au cours des trois dernières années, le Centre d’aide aux entreprises Haute-Yamaska et région a ainsi subventionné des stages rémunérés pour une quarantaine de finissants en marketing, en administration et en ressources humaines.
Pour 70 % d’entre eux, le stage s’est transformé en emploi permanent. «Cette subvention compense les sommes investies en formation et favorise l’embauche des jeunes diplômés», explique Roland Choinière, directeur général de l’organisme.
Les jeunes diplômés qui ont du mal à se faire engager ont aussi leur part de responsabilité. «Ils postulent surtout pour des emplois dans des grandes entreprises afin d’avoir un meilleur salaire», constate Élisabeth Mazalon. En revanche, si les PME sont moins riches, elles ont par contre de plus petites équipes. Résultat : les tâches et responsabilités y sont plus variées et l’expérience acquise, plus riche.
«Les jeunes refusent de travailler de longues heures, mais exigent le gros salaire et un mois de vacances!» ajoute Guylaine Vézina de Paramédic. Or, même si on est ambitieux, «il faut comprendre les façons de faire d’une entreprise avant de gravir les échelons», note Rossana Pettinati.
Les débutants obtiennent d’ailleurs le plus souvent... des tâches de débutants. Chez Premier Tech, une entreprise d’assainissement de l’eau, «les jeunes recrues travaillent à des projets qui ne présentent pas de difficultés et on ne leur confie pas de dossiers stratégiques», dit Geneviève Boissonneault, analyste au développement organisationnel.
Bref, les nouveaux diplômés doivent être patients et «montrer qu’ils sont prêts à apprendre», dit Estelle Laflamme. Cela peut aller jusqu’à accepter un poste légèrement en dessous de leurs compétences le temps de faire leurs preuves, de se faire connaître et de décrocher finalement un emploi de rêve! 09/07
2007, une année excellente pour l’emploi
«Le Québec a créé le tiers des nouveaux emplois au Canada en 2007, soit 70 500 pendant les 8 premiers mois de l’année», dit Joëlle Noreau, économiste principale au Mouvement Desjardins. Pour la même période en 2006, on comptait à peine 17 600 nouveaux emplois!
Cette hausse spectaculaire «est notamment liée à la force du marché résidentiel», évalue Joëlle Noreau. En effet, l’habitation fait appel à la construction et à l’ingénierie, entre autres, et entraîne des dépenses de décoration.
Au même moment, le milieu manufacturier a perdu 28 700 emplois. «C’est une tendance observée depuis 2003, note Marc Pinsonneault, économiste principal à la Banque Nationale. Ce secteur subit une forte concurrence internationale alors qu’il doit composer avec des matières premières plus chères.» Il est aussi dépendant des exportations défavorisées par la force du dollar canadien.
Le taux de chômage est demeuré bas au cours de 2007. Il se fixait à 6,9 % en juillet 2007, du jamais-vu en 30 ans! Mais comment expliquer qu’il y ait toujours du chômage alors que l’on crie au manque de main-d’œuvre? «Les chercheurs d’emploi ne sont peut-être pas qualifiés pour les postes disponibles ou ne veulent pas déménager là où il y a du travail», avance Marc Pinsonneault. Il faut aussi tenir compte des travailleurs immigrés qui peinent à faire reconnaître leurs compétences.
«Pour autant que l’économie américaine garde le cap, 2008 devrait être une autre bonne année pour l’emploi», croit Joëlle Noreau. L’économiste anticipe la création de 80 000 emplois au Québec. La fabrication de matériel de transport, l’informatique et les biotechnologies devraient être des secteurs particulièrement vigoureux, conclut-elle. 09-07