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Formation de base

Disciplines bizarroïdes

Longtemps accusées d’être des tours d’ivoire, les universités sont de nos jours promptes à humer les tendances et à s’en inspirer pour créer de nouveaux programmes. Le résultat est parfois surprenant d’originalité. Effet de mode ou développement durable?

par Corinne Fréchette-Lessard


Magazine Jobboom
Vol. 7 no. 1 janvier 2006


Sur les campus universitaires du Québec, les futurs mathématiciens et les apprentis avocats côtoient maintenant des étudiants spécialisés dans des disciplines aussi inusitées que l’animation spirituelle, la science du système terrestre et la diversité sexuelle. Les possibilités offertes aux assoiffés de haut savoir sont de plus en plus éclatées. Au cours des deux dernières années seulement, plus d’une centaine de programmes d’enseignement supérieur ont vu le jour au Québec. Parmi eux, des regroupements de matières classiques (un baccalauréat bidisciplinaire mariant philosophie et sciences politiques, par exemple), mais aussi un certain nombre de spécialités nouvelles comme la conception de jeux vidéo, la responsabilité sociale et environnementale des organisations, de même que l’agriculture biologique.

Pour les universités, c’est une question d’adaptation. «La société et les besoins de formation évoluent rapidement. On doit s’ajuster et répondre aux attentes de notre population étudiante», résume Jean Wauthier, directeur du Service des affaires publiques à l’Université du Québec à Chicoutimi, un établissement qui a récemment implanté un baccalauréat en ingénierie de l’aluminium pour pourvoir aux besoins de main-d’œuvre dans cette industrie majeure du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

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Sérieux, tout ça?

Qu’elle naisse à la suite d’initiatives de professeurs à l’affût des avancées dans leur domaine, en réponse aux besoins des milieux professionnels ou à la demande des étudiants, chaque formation est scrutée, soupesée et soumise à une série d’évaluations avant de devenir réalité.

À l’Université Laval, les étapes à franchir sont nombreuses. «Lorsqu’un département veut mettre sur pied une nouvelle formation, il mène des enquêtes auprès des étudiants et des milieux concernés pour juger de la pertinence du projet», explique Jocelyne Mathieu, présidente de la commission des études de cet établissement. Une fois le programme conçu et approuvé par le conseil de la faculté concernée, la commission des études épluche à son tour le dossier. «Nous évaluons l’opportunité du programme, son contenu, sa structure, ses exigences d’admission et nous tentons de voir s’il y aura suffisamment de candidats intéressés par cette formation. Nous vérifions aussi si l’Université possède les ressources et l’expertise nécessaires à son implantation.» La commission transmet son avis au conseil universitaire, qui repasse le dossier au peigne fin. Deux ans peuvent s’écouler entre l’élaboration d’un programme et son ajout au catalogue d’un établissement.

«Tous les programmes créés aujourd’hui ne seront pas nécessairement encore pertinents dans quinze ans.»
— Jocelyne Mathieu, Université Laval

Malgré ce processus rigoureux, la question de la pertinence des disciplines émergentes aux côtés des programmes traditionnels se pose. «Il faut distinguer l’intérêt que présente un cours de celui qu’offre un programme», avance Denis Bertrand, professeur associé à l’École des Sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal et spécialisé en développement des programmes de formation supérieure. «Je ne vois pas de problème à ce qu’on propose des cours de formation culturelle un peu hétéroclites sur la diversité sexuelle, par exemple, mais j’ai des réticences lorsqu’on parle de programmes entiers sur des sujets marginaux. Je ne suis pas certain que ce soit la mission de l’université d’étudier tous ces sujets au gré des préférences ponctuelles des gens. Dans la réalité universitaire, il y a une dimension de permanence et de continuité à respecter. Dans le cas des sujets très spécialisés et très nouveaux, il est difficile de croire qu’il y ait déjà les ressources et l’expertise nécessaires pour faire avancer l’état de la connaissance et produire de la recherche de niveau universitaire.»


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