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Formation de base
L'école orientante

La rose des vents

Le Québec manque de main-d’œuvre qualifiée dans plusieurs domaines. Des employeurs, des parents et des directions d’écoles accusent les universités, les cégeps ou la formation professionnelle de ne pas fournir aux jeunes Québécois les outils nécessaires pour occuper ces emplois. Et si le problème prenait sa source plus tôt dans la vie? C’est ce que croit le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, qui lancera en 2007 le concept de «l’école orientante».

par Alexandre Benoit


Magazine Jobboom
Vol. 6 no. 9 octobre 2005


Le président de l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation et des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec (OCCOPPQ), Michel Turcotte, est lapidaire : le cours d’éducation au choix de carrière (E.C.C.), offert à toutes les années du secondaire depuis 1982, est un échec lamentable. «C’était un cours que des professeurs de toutes disciplines pouvaient donner, qui permettait aux écoles d’offrir du travail à temps plein à des enseignants qui n’auraient été autrement occupés qu’à temps partiel. Quelqu’un donnait un cours, mais le contenu lui était totalement inconnu.»

Les chiffres tendent à confirmer l’hypothèse de l’échec : selon l’Ordre, près de 40 % des élèves en fin de secondaire sont indécis quant à leur avenir professionnel. Une fois au cégep, les choses ne s’améliorent guère, avec près de la moitié des cégépiens qui changent de programme en cours d’études («Échec à la réussite», Magazine Jobboom, vol. 5, n° 8, 15 septembre 2004).

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Un cours de préparation à la carrière ne serait donc pas suffisant. Selon les théoriciens du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), c’est l’école entière qui doit aider les jeunes à découvrir leurs habiletés, leurs aptitudes, leurs préférences dans le travail, et surtout, qui ils sont.

C’est pour cette raison qu’en 2007 le MELS mettra fin à ce cours, comme ce sera le cas pour six autres matières scolaires. Ainsi, des cours comme la formation personnelle et sociale, l’éducation économique et l’éducation au choix de carrière disparaîtront du programme, question de faire place à une nouvelle vision. Place à «l’école orientante», qui sera imposée à l’ensemble du réseau. Michel Pagé, ex-ministre de l’Éducation sous Robert Bourassa, définissait en 1996 ce concept par «une école où une série d’activités concourent à faciliter l’orientation scolaire et professionnelle».

Aujourd’hui, le MELS va même plus loin : il recommande d’accorder une attention plus soutenue à l’orientation. Le tout survient à un moment crucial pour l’avenir de milliers d’employeurs en quête de main-d’œuvre.

Zoom sur les compétences

Le cas du cours d’économie illustre bien ce que sera l’école orientante. Au lieu d’un cours sur l’économie, donné en cinquième secondaire, le MELS propose plutôt d’intégrer des éléments d’économie dès le primaire dans des matières appropriées. Par exemple, il serait pertinent d’initier les jeunes à la planification budgétaire dans les cours de mathématiques. C’est aussi ce qu’il adviendra du cours d’éducation au choix de carrière. La découverte d’un métier ou d’une profession ne sera donc plus la responsabilité d’un seul professeur, mais bien de l’ensemble de l’école.

Quelques écoles, sous les encouragements du MELS, ont déjà commencé à appliquer le concept de l’école orientante. En 1997, l’École secondaire Pierre-Laporte de Mont-Royal a été l’une des premières à adopter ce mode. Elle s’est donné pour mission de permettre à ses élèves de découvrir et de développer leurs talents artistiques.

Cet établissement demande l’atteinte de bons résultats dans les matières de base, comme le français, l’anglais et les mathématiques. Il exige également que l’élève mène à terme une œuvre ou une activité marquante dans une de ses matières préférées, comme le ballet ou la musique, avant la fin de la quatrième secondaire. En première et deuxième secondaire, on donne les premiers éléments de méthodologie de travail aux élèves. Cependant, c’est entre la troisième et la cinquième secondaire qu’il y a une véritable initiation au monde du travail. En troisième année, des aspects comme la maîtrise de soi sont abordés. Enfin, en quatrième et cinquième secondaire, on aborde les différentes questions touchant les conditions et les relations de travail.

En théorie, l’école orientante fonctionne… En pratique aussi, mais à condition que les ressources humaines et financières nécessaires soient allouées, prévient Stéphane Houde, conseiller d’orientation à l’École secondaire Pierre-Laporte. «Lorsqu’on a implanté le concept d’école orientante en 1997, le MELS octroyait à chaque école une enveloppe budgétaire de 30 000 $ afin de rémunérer les professeurs pour qu’ils réalisent ces nouvelles tâches en dehors de leur cadre normal de travail, explique-t-il. Deux ans plus tard cependant, cette somme a disparu, après des restrictions budgétaires. Ceci a pour conséquence que, lorsqu’un professeur réalise ce travail d’encadrement, il le fait bénévolement la plupart du temps.»


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