Le programme de MBA est malmené par les temps qui courent. De célèbres professeurs lui font de sévères critiques. À leur avis, il serait inadapté à l’entreprise et formerait des incompétents, voire des gestionnaires au cœur de pierre. Ses défenseurs montent au front pour lui porter secours.

À 26 ans, Ashee Sarin a toutes les raisons d’être heureuse. Elle vient non seulement d’être diplômée du Master of Business Administration (le fameux MBA) de l’École de gestion John-Molson de l’Université Concordia, elle a aussi reçu depuis une bourse de 10 000 $ de l’Association des MBA du Québec, et une promotion de son employeur, Deloitte inc., qui l’a nommée consultante en stratégie d’entreprise!
«Ma formation au MBA m’a permis d’aller chercher les compétences en leadership et en pensée stratégique nécessaires pour ce poste», dit-elle. Son patron, Michael McFaul, est tout aussi ravi. «Le MBA donne à ses titulaires une perspective globale du milieu des affaires.»
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L’une comme l’autre ne sont pourtant pas sans savoir que le MBA est la cible de nombreuses critiques. Depuis quelques années, des voix s’élèvent pour fustiger le célèbre programme.
Henry Mintzberg, professeur de management à l’Université McGill, compte parmi les experts les plus réputés au monde en la matière; il est l’un de ses plus farouches opposants. Dans l’essai au titre éloquent qu’il vient de publier, Des managers, des vrais! Pas des MBA (Éditions d’Organisation, 2005), il écrit : «Prétendre enseigner le management à qui n’en a pas l’expérience, c’est comme vouloir enseigner la psychologie à quelqu’un qui n’aurait jamais rencontré un être humain.»
«On ne peut pas former des managers dans une salle de classe», explique-t-il, en entrevue. «Prétendre que les jeunes peuvent diriger une entreprise à leur sortie du MBA, c’est encourager une certaine arrogance et non des aptitudes.»
À son avis, les méthodes pédagogiques déployées dans les programmes de MBA à travers le monde se ressemblent trop. Il en veut notamment aux études de cas, qu’il qualifie de simulacres de réalité, donc peu pertinentes. De plus, il déplore que l’enseignement soit concentré essentiellement sur les fonctions de l’entreprise au détriment du développement des habiletés de gestion chez les candidats.
Aux États-Unis, le célèbre professeur émérite à la Stanford Graduate School of Business, Harold Leavitt, décrit les titulaires de MBA comme «des créatures dotées de cervelles bancales, de cœurs de pierre et d’âmes ratatinées», dans une entrevue accordée à un quotidien belge en juin dernier.
«On essaie de former des citoyens, pas des numéros désincarnés assoiffés de pouvoir et d’argent», affirme pour sa part Bernard Garnier, directeur du programme de MBA à l’Université Laval.
Les critiques à l’endroit du diplôme, voulant que ses titulaires soient désormais trop nombreux et mal formés à la réalité du marché, ne datent pas d’hier, assure Naoufel Daghfous, directeur du programme de MBA pour cadres à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Il entend ce discours depuis une bonne quinzaine d’années déjà. «Le malaise actuel du MBA tient au fait que le programme a énormément évolué à travers le temps», analyse-t-il.
Conçu dans les années 1950 par les universités américaines comme un programme court en gestion de haut niveau pour les ingénieurs, le MBA s’est depuis largement démocratisé. Aujourd’hui, une foule d’universités à travers le monde décernent le titre, lequel n’est plus strictement réservé aux ingénieurs.
Pour Naoufel Daghfous, toute cette diversité est venue brouiller les cartes : il n’y a plus un seul programme de MBA, mais bien plusieurs. «Chaque secteur économique a des besoins propres auxquels un programme standard de MBA ne pourrait répondre. Une personne qui travaille dans une banque n’aura pas les mêmes besoins qu’une autre qui évolue dans une entreprise de fibre d’acier. Pourtant, toutes deux ont besoin d’une formation en gestion.»