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Formation de base
Éducation anglophone

Le mélange des langues

La maîtrise de l’anglais à l’oral et à l’écrit est toujours gagnant dans un CV. Dans plusieurs secteurs d’emploi, l’anglais est cependant un incontournable.

par Judith Lussier


Magazine Jobboom
Vol. 8 no. 5 Mai 2007


À titre de commis aux comptes payables pour le Cirque du Soleil, Guillaume Corbeil parle quotidiennement à des fournisseurs à Las Vegas, en Australie et en Europe. «Maîtriser l’anglais me permet de créer des liens plus forts avec eux et aussi avec les employés du Cirque à l’étranger. Ça rend mon travail plus intéressant; ça me vaut aussi des feedbacks très positifs.»

Lorsqu’une entreprise fait affaire à l’étranger, les employés ne peuvent se passer du bilinguisme. Au siège social du Cirque du Soleil, à Montréal, 90 % des emplois l’exigent. «L’anglais est essentiel dans tous les postes qui demandent à l’employé de communiquer à l’extérieur du Québec», explique Chantal Côté, porte-parole.

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Pour s’assurer du bilinguisme des candidats, le Cirque effectue d’abord une entrevue téléphonique en anglais. Si ce test est échoué, le processus de sélection s’arrête là : on n’est pas convoqué à la prochaine étape. «Par contre, nos attentes sur le plan des compétences linguistiques varient en fonction des postes», explique Chantal Côté. Pour les secrétaires, un test écrit supplémentaire est exigé, par exemple.

Dans le domaine du tourisme et de l’hôtellerie, ceux qui ne maîtrisent pas l’anglais sont relégués à la cuisine ou peuvent tout au plus changer les draps. «Le personnel de réception et les maîtres d’hôtel font plus que se débrouiller en anglais. Ils doivent être en mesure de comprendre les attentes du client et de s’exprimer dans un langage clair et précis. Il en va de la réputation de l’hôtel», explique Maude Dick, directrice adjointe du prestigieux hôtel Le St-James. Pour s’assurer de la fluidité linguistique des candidats à l’embauche, Le St-James n’hésite pas faire passer des entrevues en anglais.

Pour devenir fluent dans les deux langues, plusieurs font le saut du côté des écoles anglophones. Ç’a été le cas de Gilbert Héroux, un francophone, directeur général du Collège Vanier. Après avoir fait sa scolarité préuniversitaire en français au Québec, il a poursuivi ses études à l’Université d’Ottawa, notamment. Son parcours lui a permis de travailler durant une quinzaine d’années en Ontario et de diriger aujourd’hui un collège anglophone.

Sort-on bilingue d’un passage dans un établissement anglophone? «Sans aucun doute, affirme-t-il. Comme nos élèves doivent suivre tous leurs cours en anglais,ils développent forcément un niveau d’habiletés linguistiques assez élevé. Ils sont aussi encouragés à remettre leurs travaux en anglais.»

Il semble que les francophones sous-estiment leur bilinguisme.

Pour Geneviève Martel, c’est cet effort qui a fait toute la différence. Ce n’est qu’en sortant du Royal Holloway College de Londres que cette recherchiste télé s’est vraiment sentie bilingue. «À l’Université Concordia, je pouvais remettre mes travaux en français. Mais à Londres, ç’a été le boot camp : je devais rendre la même qualité de travail dans ma langue seconde.»

Selon Danielle Morin, vice provost aux programmes d’études à l’Université Concordia, rédiger ses travaux en anglais permet en effet un meilleur apprentissage de cette langue. «Un francophone qui participe en classe et qui remet ses travaux en anglais va sortir bilingue. Il ne perd pas son accent, mais il devient entièrement fonctionnel et prêt à occuper un poste en anglais», explique cette francophone qui a terminé son doctorat dans la langue de Shakespeare.

Quand on étudie l’administration à l’École de gestion John-Molson de l’Université Concordia, les termes management, accounting et budgeting n’ont plus de secret. Mais comment transposer ces connaissances en français? «Il est important de ne pas perdre le vocabulaire francophone, par exemple en lisant des magazines spécialisés dans son domaine, en français», suggère Danielle Morin.

Durant ses études au Cégep John Abbott, Alexandre Sigouin Duquette a véritablement craint de se créoliser. «Quand je parlais français, la moitié de mes phrases avaient une structure anglophone ou pire, elles sortaient juste en anglais!» Aux grands maux les grands moyens. Pour délier sa langue maternelle, il a proposé des textes en français au journal de l’établissement. «J’ai aussi été tuteur en français pour les élèves du Cégep!»

Une langue fière?

Se vanter d’être bilingue dans son CV, c’est si facile. Mais qu’est-ce que ça signifie exactement? Lorraine Gauthier, coordonnatrice du service de placement de l’Université de Montréal, conseille d’indiquer qu’on est «bilingue» dès qu’on peut répondre relativement bien à une question en anglais. «Le but du CV, explique-t-elle, c’est d’être convoqué en entrevue. Si vous vous débrouillez, mettez bilingue. Ils vérifieront en temps et lieu si votre niveau d’anglais correspond à leurs besoins.»

Il semble que les francophones sous-estiment leur bilinguisme, explique Gérald Paquet, porte-parole de l’Office québécois de la langue française. «Quand on demande aux francophones s’ils sont bilingues, plusieurs vont dire “pas vraiment” alors qu’en fait, ils se débrouillent assez bien. Du côté anglophone, on répond souvent “oui”. Mais à part pour commander un repas au restaurant en français, leur capacité n’est pas tellement bonne!»

Selon Lorraine Gauthier, les gens parfaitement bilingues, c’est très rare. Pourtant, presque toutes les offres d’emploi exigent le bilinguisme. «C’est qu’une offre d’emploi décrit toujours le candidat idéal, explique la conseillère en emploi. L’employeur cherche ce profil, mais dans la réalité, il devra faire des concessions sur certains critères.»

Il reste que dans certains domaines comme l’hôtellerie, l’administration, le service à la clientèle ou les centres d’appels d’urgence, le bilinguisme est incontournable.


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