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Formation continue
L’avenir de la formation en emploi

Formation discontinue

Au Québec, la formation continue piétine. De plus en plus scolarisés, les Québécois n’ont pas de mal à décrocher des diplômes, mais lorsque vient le temps de se perfectionner, ils font figure d’irréductibles Gaulois. Resterons-nous dans la course?

par Stéphane Gagné


Magazine Jobboom
Vol. 6 no. 3 mars 2005


Huntingdon, mi-décembre 2004. Six usines de textiles ferment. Sinistre cadeau de Noël : quelque 800 travailleurs peu qualifiés perdent leur emploi, une catastrophe dans cette petite ville de 2 600 habitants. Le controversé maire, Stéphane Gendron, promet que tous ces emplois perdus seront remplacés par de nouveaux postes d’ici à Noël 2005.

Or, même avec toute la bonne volonté du monde, le maire pourrait bien ne pas être en mesure de tenir sa promesse. En effet, la plupart des récents chômeurs de Huntingdon auront besoin de formation pour se trouver un autre emploi. Si de nouvelles entreprises s’établissent dans la région, voudront-ils suivre les formations pertinentes aux postes offerts, et y auront-ils accès près de chez eux? Un défi de taille pour eux comme pour la société.

Loin derrière

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Cet événement rappelle l’importance d’établir au Québec une «culture» de la formation continue, aussi appelée formation professionnelle. Celle-ci permettrait aux chômeurs de retourner rapidement sur le marché du travail et aux travailleurs de demeurer à la fine pointe des connaissances dans leur domaine d’expertise.

Mais on est loin de cette culture : la formation continue ne lève pas dans la Belle Province. Selon les comparaisons faites par l’OCDE en 2002, le Québec arrive au dernier rang des provinces canadiennes pour le taux moyen de participation à des activités de formation chez les personnes en emploi. Le Canada n’est guère mieux placé : il se classe au 11e rang des 17 pays de l’OCDE étudiés à ce chapitre. Dans ce classement, le Québec arriverait 14e, soit loin derrière des pays comme la Finlande, le Danemark ou la Suède, où l’apprentissage tout au long de la vie est aussi commun que le ski!

Près du quart des pme québécoises n’offrent pas de formation continue à leur personnel, deux fois plus que dans le reste du canada.

Pourtant, plusieurs adultes retournent sur les bancs de l’école. Selon les chiffres contenus dans le rapport Cap sur l’apprentissage tout au long de la vie (communément appelé rapport Pagé), entre 1,2 et 1,7 million de Québécois participent chaque année à une activité de formation continue. Or, ce chiffre devrait être haussé à trois millions pour se comparer à ceux des pays les plus avancés dans le domaine, estime Paul Bélanger, professeur au Département d’éducation et de formation spécialisées à l’Université du Québec à Montréal et directeur du Centre interdisciplinaire de recherche/développement sur l’éducation permanente (CIRDEP). Il a aussi été directeur de l’Institut de l’UNESCO pour l’Éducation.

Selon lui, le Québec fait des progrès sur le plan de la formation continue, mais pas assez pour répondre aux besoins de tous les travailleurs. Deux phénomènes expliquent ce retard : les lacunes des cégeps en matière de formation aux adultes, et le manque d’enthousiasme des PME. «La plupart des cégeps ont abandonné au fil des années leur programme d’éducation aux adultes, dit Paul Bélanger. Résultat : ce secteur est sous-développé. Par exemple, à lui seul, l’Algonquin College à Ottawa accueille chaque année environ 45 000 élèves à l’éducation aux adultes alors que l’ensemble des cégeps du Québec en a moins de 20 000. Pourtant, étant donné la demande des travailleurs, il pourrait y en avoir six fois plus!» Les cégeps ont abandonné l’éducation aux adultes pour plusieurs raisons, poursuit le spécialiste : coupes dans les budgets, attitudes conservatrices de la direction de l’enseignement collégial et manque d’intérêt des professeurs pour enseigner le soir.

Quant aux PME québécoises, 24 % d’entre elles n’offrent pas de formation continue à leur personnel, soit deux fois plus que les PME du reste du Canada, rapporte une étude réalisée en 2003 pour la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. Selon Paul Bélanger, le manque de moyens, surtout pour les petites entreprises dont la masse salariale est inférieure à 250 000 $, explique en grande partie cette situation. «Ces PME, très nombreuses au Québec, n’ont pas les moyens d’embaucher un directeur des ressources humaines qui consacrerait une partie de son temps à la formation continue. Et même si elles pouvaient le faire, encore faudrait-il que ces personnes aient l’expertise pour organiser des sessions de formation sur mesure.»


guide de survie


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