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Formation continue
Entrevue exclusive avec Mme Agnès Maltais, ministre déléguée à l’Emploi

Miser sur le capital humain

La Politique gouvernementale d’éducation des adultes et de formation continue

«Après avoir repris en main son économie en développant le capital financier et technologique des entreprises, le gouvernement québécois mise maintenant sur le capital humain. Il s’agit d’une richesse à préserver», lance d’entrée de jeu Agnès Maltais, ministre déléguée à l’Emploi, dans le cadre d’une entrevue exclusive accordée à Jobboom sur la nouvelle Politique gouvernementale d’éducation des adultes et de formation continue.

par Julie Leduc
Photo : Érick Labbé


Magazine Jobboom
Vol. 4 no. 3 printemps 2003


L’un des grands axes de la politique consiste à inciter les adultes à acquérir une formation de base. Cela comprend l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, l’obtention d’un diplôme d’études secondaires ou l’acquisition d’une formation professionnelle. D’ici à 2007, le gouvernement souhaite faire passer de 230 000 à 263 000 le nombre de personnes inscrites chaque année à des activités de formation de base. «L’application de cette politique est stratégique pour le Québec d’aujourd’hui parce que le monde du travail vit une véritable mutation, poursuit la ministre. À partir de 2011, il y aura moins de personnes qui entreront sur le marché du travail que de gens qui en sortiront. Il faut donc d’ores et déjà s’assurer que les travailleurs disponibles, qui seront moins nombreux, auront les compétences requises.»

Le Québec doit aussi se préparer pour faire face aux avancées technologiques et à la croissance de l’emploi qui devrait se poursuivre. «Il y a dans la province suffisamment de chômeurs pour combler les besoins de main-d’œuvre, mais ils ne sont pas assez qualifiés ou formés, souligne la ministre. Il faut se dépêcher de remédier à cette situation, et c’est ce que l’on fait.» Elle ajoute que le Québec développe son économie du savoir et que la main-d’œuvre doit suivre cette tendance. «Les travailleurs doivent être au rendez-vous, autant en quantité qu’en qualité.» De plus, 60 % des emplois qui seront disponibles au Québec d’ici à 2005 nécessiteront une formation professionnelle ou technique, fait remarquer la ministre. «Il y a donc des emplois bien rémunérés disponibles dans ces voies de formation, mais il faut que les travailleurs acquièrent les compétences.»

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Lancée en mai 2002, la politique est très novatrice aux yeux de la ministre. «C’est une des premières politiques gouvernementales dans le monde qui réunit à la fois l’éducation des adultes et la formation continue. Elle arrive après 10 années de travail qui ont exigé une véritable synergie des réseaux de l’éducation et de l’emploi.» Québec investira 450 millions de dollars sur cinq ans pour la mise en œuvre de son plan d’action.

Apprendre pour la vie

La politique vise également à implanter une culture de la formation continue au Québec, ce qui se traduirait ultimement par un apprentissage tout au long de la vie active des travailleurs. «D’ici à une quinzaine d’années, la moitié des personnes en emploi devront utiliser des technologies qui ne sont pas encore inventées aujourd’hui. De plus, les Québécois savent que, dans leur vie, ils occuperont plus d’un emploi. C’est dire toute l’importance de la formation continue. Je pense donc que la population est prête à adopter cette culture.»

Agnès Maltais estime en outre que les travailleurs ont tout à gagner en maintenant leurs connaissances à jour. «Être bien formés et qualifiés permet d’abord aux travailleurs d’être plus heureux dans leur emploi. Ils deviennent aussi moins vulnérables par rapport aux transformations technologiques. Une bonne formation permet également de voir l’avenir avec plus de sérénité, s’il y a des changements dans l’entreprise ou si on perd son emploi.»

L’affaire des employeurs

Le gouvernement souhaite par ailleurs que les employeurs intensifient leurs efforts d’investissement en formation, dans le prolongement de la Loi favorisant le développement de la formation de la main-d’œuvre, communément appelée loi du 1 % (voir encadré plus bas). Quant aux entreprises dont la masse salariale est de 250 000 $ et plus, le gouvernement veut, d’ici à 2005, faire grimper de 76 à 80 % la proportion d’entre elles qui investissent au moins 1 % de leur masse salariale dans la formation de leurs employés.

«Les avantages de tels investissements pour les entreprises sont notables», soutient la ministre. En effet, une enquête interne menée en mars 2002 par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale auprès de 4 200 entreprises québécoises a démontré que l’application de la Loi a eu des retombées positives. Quatre-vingt-douze pour cent des employeurs ont constaté que leurs produits étaient de meilleure qualité depuis qu’ils investissaient dans la formation de leur personnel. Près du tiers des employeurs étaient d’avis que la formation a permis à des employés d’obtenir des promotions. Et 90 % des répondants ont noté une motivation personnelle accrue chez leurs employés. De plus, à l’heure où certains secteurs d’activité connaissent des difficultés de recrutement, la ministre estime que l’investissement des employeurs dans la formation de leur personnel constitue aussi une solution pour garder leur main-d’œuvre.


Saviez-vous que?

Collectivement, les Québécois investissent chaque année plus de 2,4 milliards de dollars dans des activités d’éducation des adultes et de formation continue liées à l’emploi.

La moitié de cette somme provient de l’État, l’autre des employeurs et des individus.

Sources : Ministère de l’Éducation du Québec, Politique gouvernementale d’éducation des adultes et de formation continue et Plan d’action en matière d’éducation des adultes et de formation continue, 2002.


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