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Aux nombreux travailleurs qui craignent de perdre leur emploi, la formation continue au collégial offre des moyens de se perfectionner et d’augmenter leurs chances d’avoir toujours du boulot. Elle a cependant bien des devoirs à faire pour redevenir aussi populaire que dans les années 1990.

Alors qu’elle est un enjeu majeur pour la compétitivité de l’économie québécoise, la formation continue au collégial (temps plein et partiel) est largement boudée. Les inscriptions ont fondu de moitié depuis 1999, passant de 54 139 à 29 110.
Un paradoxe de plus en plus injustifiable. «Les difficultés d’accès liées au non-financement des études à temps partiel sont l’explication qui revient le plus souvent», dit le chargé de projet de l’Institut de coopération pour l’éducation des adultes, Daniel Baril.
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Pour le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport, cette chute s’explique par le faible taux de chômage durant cette période et par un contexte sociodémographique qui n’encourageait pas les travailleurs ou les chômeurs à retourner aux études.
Constatant ces dernières années le vieillissement de la population et les nombreux départs à la retraite, le Ministère a pris les moyens pour ramener plus d’élèves sur les bancs de l’école.
Des plans d’action ont été mis en place pour offrir de la formation d’appoint aux immigrants formés à l’étranger, aux chômeurs, aux travailleurs dont l’emploi était menacé, pour reconnaître les acquis des travailleurs et, l’an passé, 200 millions de dollars ont été promis sur cinq ans dans les services de formation aux adultes.
L’obligation de s’inscrire à un programme pour suivre un cours est le principal obstacle à l’inscription, selon le professeur au Département d’éducation et formation spécialisées à l’UQAM, Paul Bélanger. «C’est d’un ridicule consommé!» tranche-t-il. À ses yeux, la formation continue au collégial devrait être plus flexible et permettre à tous de pouvoir s’instruire, même si c’est seulement pour un cours.
Pour l’instant, une entreprise peut réclamer les services de la formation continue pour mettre sur pied un cours qui sera offert à plusieurs employés à la fois. Dans ce cas, l’entreprise doit payer toute la facture. Or, si un technicien en comptabilité qui est toujours en emploi souhaite se perfectionner en suivant un ou deux cours pour mettre ses connaissances à jour, il ne peut pas le faire, illustre Paul Bélanger.
«Oui, il y a une lacune là-dessus, admet le directeur des directions régionales d’Emploi-Québec, Louis-Denis Fortin. C’est pour ça qu’on essaie de la combler depuis quelques années.» Alors que le taux de chômage monte en flèche depuis les derniers mois, le directeur croit que les besoins de formation sont plus grands et qu’il y a «encore du travail à faire» pour répondre à la demande.
Le professeur Bélanger juge aussi que trop de cours sont offerts le jour pendant la semaine, alors que les adultes sont surtout libres les soirs et les fins de semaine. En ce moment, le travailleur qui craint de perdre son emploi et qui choisit de se réorienter a donc le choix parmi des programmes offerts généralement la semaine, le jour, ce qui ne lui permet pas d’y accéder s’il travaille durant cette période.
«Si une personne n’est pas soutenue financièrement, soit par l’assurance emploi ou d’autres formes de soutien gouvernemental, c’est bien évident qu’il y a peu de chances qu’elle ait les moyens [d’arrêter de travailler] et de se payer une année ou deux de formation», dit Louis-Denis Fortin.
«Heureusement, la Fédération des cégeps est très active sur cette question et essaie de débloquer les choses, dit Paul Bélanger. Il le faut puisque le Québec tarde beaucoup… On est très en retard par rapport au reste de l’Amérique du Nord.»
Tous sont conscients des problèmes et mettent la main à la pâte pour les régler, assure la présidente de la Commission des affaires de la formation continue à la Fédération des cégeps, Brigitte Bourdage. Des changements un peu partout au Québec seront effectifs dès septembre, promet-elle. «On est à deux doigts du bonheur!»
Plus de cours seraient offerts les soirs et les fins de semaine, l’accessibilité des cours hors programme (crédités ou pas) serait plus grande et de nouvelles enveloppes budgétaires seraient disponibles pour réduire les coûts des cours qui ne sont pas financés en ce moment par le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport.
Brigitte Bourdage recommande aux personnes intéressées à suivre des cours de demander au service de la formation continue du collège près de chez eux si de nouveaux cours sont offerts et s’ils sont désormais accessibles à tous.
Toutes les personnes interrogées s’entendent pour dire que le Ministère a tout de même fait des efforts considérables depuis 2002 pour faciliter la reconnaissance des acquis des travailleurs. De 2003 à 2007, près de 60 % plus de personnes en ont profité en formation professionnelle et technique. «Il y a une très belle offre d’outils pour le faire», souligne Brigitte Bourdage. Ils mènent à un diplôme ou à une reconnaissance des compétences au sein d’une entreprise, ce qui permet aux diplômés de décrocher un emploi qui ne leur était pas accessible auparavant.
Depuis 2005, le Ministère a particulièrement apporté sa contribution en cette matière, investissant deux millions de dollars chaque année. Il a créé un site Internet pour y regrouper toute l’information à ce sujet et il a formé 300 conseillers de la formation professionnelle et technique pour accompagner les personnes qui veulent bénéficier de la reconnaissance des acquis.
Le professeur Paul Bélanger salue ces efforts. Il souhaite cependant que la formation manquante pour l’obtention d’un diplôme soit davantage offerte à temps partiel les soirs et les fins de semaine plutôt qu’à temps plein les jours de semaine. Si les nouvelles mesures que prédit Brigitte Bourdage se concrétisent, le Ministère aura fait ses devoirs en ce sens.
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