


Depuis quelque temps, dans les médias québécois, le féminisme est d’actualité. En fait, ce n’est pas tant le féminisme qu’un questionnement sur ce qu’il en subsiste aujourd’hui, sur le visage qu’il porte plus de 30 ans après une lutte mouvementée, menée toutes griffes dehors par de courageuses battantes. Les Québécoises ont alors acquis des droits fondamentaux : travail, autonomie financière, égalité devant la loi, avortement, etc.
À l’époque, on aspirait à la vie en rose. Aujourd’hui, on déchante un peu : on filerait plutôt à vif dans le rose délavé. Selon les observateurs, les jeunes filles se promènent fièrement à moitié nues et la femme-objet fait un retour fracassant – mais tout en pouvant être PDG d’entreprise! De leur côté, les hommes sont en profonde déroute face à leur identité, déprimés. Les rapports entre les sexes sont bouleversés. Ainsi, on tourne avec grand sérieux les cyniques Québec Montréal, Horloge biologique, Les invincibles. Succès instantanés. On se tape sur les cuisses, on se tape sur la tête, on n’en revient pas. En sommes-nous vraiment là?
Eh oui. Nous sommes perdus. La majorité de nos repères ont disparu dans la grande marée tranquille. Dieu a déserté les esprits, les femmes ont quitté la maison. La consommation, l’individualisme et le culte du travail se sont profondément ancrés. Et depuis, ce qui était apparemment simple avant est devenu compliqué : vivre ensemble, fonder une famille, s’aimer.
Car même si les jours de beau temps, on se croit au festival du bambin joufflu, un fait demeure : les Québécois ne font presque plus d’enfants. Les poussettes occupent juste plus de place sur les trottoirs! Et quand une bedaine miraculée se met à pousser, le petit qui viendra a une chance sur deux d’échapper à la garde partagée. Et d’échapper à la garderie? Une chance infinitésimale.
Car les femmes désormais travaillent, peuvent mener des carrières stimulantes, s’y épanouir et être financièrement libres. Elles aiment ça. Et la maternité dans tout ça? Plus tard, quand ce sera le bon moment… Mais quand? À l’heure où les liens amoureux sont étonnamment friables et les relations pleines de nœuds coulants, il est clair que la carrière constitue l’autre obstacle majeur à l’enfantement. Entre l’œuf et l’argent, le choix est toujours difficile.
On ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre. Il y a toujours un prix à payer, même pour des causes nobles comme la liberté, le choix. Achetez maintenant, payez plus tard. La facture est arrivée.