


Pour moi et tout un tas d’ex-petites filles, ma première héroïne, ce fut Candy, qui visitait ma télévision tous les samedis matins. Blonde, mais pas Barbie pour deux sous, elle était intelligente, franche, audacieuse et son intégrité faisait des jambettes à la méchante Élisa qui se pensait trop bonne. Candy, elle en avait dedans.
Et puis il y avait Démétan, une petite grenouille japonaise mal aimée. Rejetée, pourchassée, elle trimait dur pour trouver la paix dans des eaux grouillantes de dangers. La vie n’était pas du gâteau dans cet étang de malheur, mais Démétan triomphait toujours, à sa façon, et retrouvait sa Rénatane…
D’autres héros m’ont bien sûr fait craquer. Goldorak, aussi vite que la lumière. Superman, beau et toujours là quand il faut. Indiana l’intrépide.
Les enfants ont besoin de héros pour apprendre et grandir. Idem pour nous, les adultes, qui ne sommes que de vieux enfants après tout. Plus on vieillit, plus on réalise que les héros étrangement nous ressemblent. Comme nous, ils ont un passé pas toujours rose, un présent mouvementé et un futur à espérer. Ils se sentent ordinaires et doutent souvent de leurs capacités extraordinaires. Ils connaissent des embûches qui mettent à l’épreuve leurs faiblesses et qui, une fois surmontées, leur donnent des forces jusque-là ignorées.
Avec leurs pouvoirs, les héros s’aventurent, foncent, donnent l’exemple, encouragent, défendent, protègent, inspirent… Ils sèment l’espérance que les efforts d’aujourd’hui ne seront peut-être pas vains demain. Et que dans la vie, toujours animée qu’elle est, les quêtes, les résistances et les actions ne peuvent jamais être tout à fait futiles.
Dans ce monde bien terrestre qui est le nôtre, nous avons tous hérité d’un même pouvoir, et non le moindre. Le pouvoir d’influencer le cours des choses, quelles qu’elles soient, à notre mesure, avec les moyens que nous avons. De nombreux travailleurs le font avec conviction et ardeur. Ils consacrent leurs énergies quotidiennes à conjurer les sorts et à embellir leur monde. Du coup, ils deviennent des héros bien spéciaux aux yeux de leurs voisins, collègues ou concitoyens, qui les admirent et les applaudissent, bien souvent discrètement.
Ainsi, on ne sait jamais où et quand on est appelé à devenir le héros de quelqu’un d’autre.
Je dédie cette pensée tout spécialement à un de mes collègues, un grand gaillard joyeux comme deux, qui à 29 ans fait face à un redoutable ennemi : la leucémie. Il lutte présentement avec courage, isolé comme une étoile, dans une chambre d’hôpital.
Que la force soit avec lui et avec tous les héros du quotidien, quelle que soit leur mission.