


De nos jours, aussi sournoisement qu’un polluant, il semble que le travail nous rende malades.
Dans des temps pas si lointains et plus bucoliques, les gens quittaient momentanément leur travail pour aller en vacances, avoir un enfant ou s’offrir une sabbatique. Maintenant, ils sont nombreux à l’abandonner aussi pour cause de grande fatigue, de démotivation profonde, de «juste pu capable».
Au cours des dernières années, la rapide propagation du virus burnout a sidéré les médecins, les employeurs et les compagnies d’assurances, qui ont dû réviser leurs savants calculs de probabilités. En effet, l’épuisement professionnel est devenu presque aussi commun que la grippe dans les bureaux mal ventilés…
Aujourd’hui, le concept même du burnout semble éculé. Sociologues, psychologues et autres érudits cherchent un nouveau mot pour qualifier le malaise qui nous essouffle. Les études sur le bonheur (et donc le malheur) au travail en Occident se multiplient à grand rythme, et journaux, magazines et bouquins font écho de cette littérature tantôt cynique, tantôt alarmiste.
La dernière nouvelle au moment d’écrire ces lignes : les plus fringants de nous tous sont anxieux, quand ils ne sont pas carrément déprimés. Un sondage mené par la firme WarrenShepell auprès de 2 500 entreprises canadiennes a en effet révélé que les jeunes dans la vingtaine croulent sous la pression du travail et exigent désormais plus d’aide psychologique que leurs aînés.
À travers toutes les études et les statistiques publiées, je lis, entre les lignes, un constat qui fait réfléchir : les travailleurs deviennent malheureux comme des pierres. Ils cherchent désespérément un sens à ce boulot auquel ils consacrent tant de temps au détriment de leurs êtres chers. Ils n’ont plus le cœur à l’ouvrage, car ce qu’ils travaillent à construire (ou à déconstruire!) leur apporte rarement un réel sentiment de satisfaction ou d’appartenance. Plus qu’à les faire évoluer personnellement, leurs «bons coups» professionnels servent souvent à polir le logo de leur employeur et à garnir le portefeuille de dirigeants ou d’actionnaires sans visage. Leur labeur nourrit de plus en plus d’entreprises gouvernées par une impitoyable quête du profit qui peut en venir à menacer non seulement la santé de nos économies locales, mais aussi celle de notre planète.
«Money talks», disent les dirigeants. «C’est assez», répondent les travailleurs.
Et ils le disent de toutes sortes de façons. Peut-être même en faisant des mauvais coups en entreprise, comme des «ti-culs» font des mauvaises blagues au téléphone la nuit. C’est dans la nature humaine, semble-t-il.