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Mot de la rédaction

Mot de la rédaction - numéro du 15 octobre au 15 novembre 2004

J’ai mon voyage

C’est curieux et fascinant à la fois. Au moment où l’on arrête une décision importante et qu’on y croit dur comme fer, la vie s’assure presque systématiquement de la mettre à l’épreuve. J’ai ma petite anecdote là-dessus. Et elle ne manque pas d’à-propos.

En juillet dernier, peu avant qu’on m’offre de façon tout à fait inattendue la rédaction en chef de ce magazine, j’avais pris une décision. Elle était assumée et mon plan bien échafaudé. J’allais bientôt tout larguer — travail, maison, patrie. C’était une question de quelques mois, le temps de planifier ma sortie, d’arrondir les coins pour ceux qui prendraient le relais et de me renseigner sur le b-a ba de la démission. Mon plan : changer d’air et passer le prochain hiver avec mon sac à dos au Guatemala. J’avais ce vieux rêve. Apprendre convenablement l’espagnol, cette langue pleine de routes impraticables; ces roulades de rrrrrr, plutôt périlleuses. Et puis je souhaitais aussi réfléchir à mon avenir.

Après avoir occupé un même poste au sein des Éditions Jobboom pendant cinq ans, j’étais en effet mûre pour un grand voyage. J’avais terriblement soif de dépaysement, de fraîcheur et d’imprévu. Je souhaitais que mes habitudes soient dérangées et mes certitudes ébranlées. Je voulais balancer mes pantoufles par la fenêtre parce que la jeune trentaine, pour moi, c’est un temps pour se faire des ampoules aux pieds, une temps pour défricher ce chemin qui fera de nous des êtres fiers. C’est un temps pour apprendre et avaler goulûment tout ce qui nous intéresse.

Justement, mon employeur m’offrait une nouvelle expérience et ce magazine m’intéressait. Créatif, intelligent, inspirant, il renseigne sur cette drôle de bête qui bouffe en bonne partie notre temps : le travail. Alors j’ai dit oui au poste et non au Guatemala. J’ai choisi de bourlinguer dans la compagnie et dans ma propre vie.

C’est donc avec l’enthousiasme et l’énergie du voyageur que je me joins à cette petite équipe fantastique formée d’Éric Grenier et de Martine Roux, tous deux adjoints à la rédaction en chef, recherchistes, auteurs, artisans d’idées, porteurs de flambeau et amis, selon l’heure. Sous l’œil bienveillant de notre manitou Patricia Richard, je nous souhaite bonne route et l’accomplissement de grands travaux. Parce que le travail, quoi qu’on en dise, c’est aussi la vie.

Annick Poitras

Rédactrice en chef



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