


Il n’y a pas si longtemps, j’avais moi aussi 25 ans. Hum, voyons voir... Alors fraîche bachelière en journalisme, je revenais d’un stage en Afrique, expérience qui avait bousculé toutes mes certitudes. Je réalisais que je ne savais rien du monde, ou bien peu. Pour une journaliste en herbe, c’était troublant. Plus bouleversant encore : j’étais follement amoureuse d’un musicien. Et comme tous les amoureux, on avait juste envie de s’aimer, de voyager et de se foutre de tout le reste.
Professionnellement, je ne savais plus très bien ce que je voulais faire, mais je savais qu’il fallait que je travaille. Alors cette année-là, entre quelques articles à la pige et une traversée du Canada sur le pouce, j’ai entre autres été caissière dans une banque, téléphoniste dans un centre d’appels et préposée à la réception d’un hôtel dans les Rocheuses. Taux horaire moyen : 8 $. Des peanuts. Mais j’avais juste un sac à dos à gérer. Jobiner, voir du pays, c’était mon choix. Je l’assumais. Et puis j’avais la vie devant moi.
En effet, à défaut d’autre chose, à 25 ans, on a du temps. Et c’est le temps de tous les possibles. On commence à savoir qui on est, ce qu’on veut, ou du moins on le croit. On commence à être adulte, même si ça ne nous tente pas. On pense en tout cas un peu plus à demain, qui arrive étrangement un peu plus vite qu’avant. De quoi l’avenir sera-t-il fait? On l’ignore totalement. C’est bien ça le pire!
Parce qu’à 25 ans, on ne contrôle pas grand-chose. Comme dans la cour d’école, on est à la merci des plus grands, qui imposent leurs lois. On se fait tasser dans le coin. On reçoit des ballons par la tête. On essuie quelques railleries. «Qu’ils fassent leur temps, disent les plus vieux. Nous aussi on est passés par là!»
D’accord, on ne changera pas les rites de passage de l’humanité. Au travail comme dans la vie, il faut faire ses preuves, faire sa place. Mais est-ce normal qu’un nombre croissant de jeunes diplômés bossent pour moins de 10 $ l’heure en 2006? Que des bacheliers, en ingénierie par exemple, travaillent à forfait, sans vacances ni avantages sociaux, en attendant ce «vrai» poste qu’on leur promet, mais qui ne vient jamais? Qu’un diplômé universitaire de 25 ans gagne aujourd’hui 1 000 $ de moins par mois qu’en 1985? C’est le coût mensuel moyen d’une hypothèque!
Non. Dans un pays qui s’enrichit, ce n’est pas normal. Mais tout indique que l’appauvrissement et la précarité des travailleurs sont en train de devenir la norme. Les conditions de travail sont revues à la baisse et ce sont surtout les recrues qui paient la note. C’est-à-dire les travailleurs X, Y et Z qui devront financer le coûteux Québec de demain.
Il va falloir sortir les cartes de crédit. Syndics de faillite, tenez-vous-le pour dit.