


Le rejet. On apprend très tôt dans la vie à l’éviter comme la peste. Se faire accepter des autres est d’ailleurs une des quêtes importantes de l’enfance. On travaille alors très fort à cette tâche. À tout prix il faut se faire des amis. À tout prix il faut s’intégrer à des groupes. Si par malheur on échoue, c’est terrible. Rien de pire que d’être «rejet» à six ans. À 16, à 36 ou à 56 ans, ce n’est guère mieux. L’ego n’a pas d’âge. Il se forge seulement une carapace, et encore, pas toujours.
Le rejet fait mal. On l’apprend aussi très tôt et toujours à nos dépens. Car on est toujours seul lorsqu’on est victime de rejet et personne ne peut vraiment nous secourir. C’est un grand tremblement qui ébranle notre confiance, notre estime, nos fondations. Il peut être dévastateur.
Je ne connais personne qui gère bien le rejet; même les gens les plus équilibrés et les plus solides menacent de s’effondrer s’ils sont mis à l’écart. Demander à quelqu’un qui est triste la cause profonde de sa tristesse, et, bien souvent, sous différentes parures, vous trouverez le rejet en plein travail de démolition.
Dans nos relations interpersonnelles, aucune loi ne nous protège contre le rejet. On ne peut rien contre les préférences des uns et les jugements des autres. On ne peut pas dire à quelqu’un qu’il n’a pas le droit de nous rejeter. Il a ce droit, tout comme nous. On ne fait pas exception. On se transforme tous en petits bourreaux lorsqu’on choisit les personnes qui nous entourent. «Toi, oui. Toi, non.» Ainsi soit-il.
Heureusement, sur le plan du travail, notre société tente de baliser cette sélection naturelle pour le moins cruelle et arbitraire. Elle souhaite donner une chance égale à tous de gagner sa vie dignement. Des chartes et des lois ont été créées pour abolir la discrimination à l’embauche. Fonctionnent-elles? Pas tout à fait.
Dans nos milieux de travail, qui se disent pourtant ouverts et équitables, des travailleurs continuent d’être systématiquement mis à l’écart par des employeurs sans scrupule. Ces travailleurs sont simplement trop vieux, trop noirs, trop croyants, trop gais, trop handicapés, trop «femme». Et quoi encore. Ils sont ignorés, flushés, humiliés. Leur pain quotidien : le rejet.
Aïe!