


Numéro du 15 février au 15 mars 2007
Bien qu’on apprécie tous le confort de nos pantoufles et celui, presque insouciant, d’un job steady, on a tous aussi un peu de graine d’aventurier. On s’en rend compte le jour où on se réveille les pieds dans la mélasse. Dans le sable mouvant. Sous des bombes qu’on n’a pas vues venir.
Prenez un de mes amis, par exemple. Il a perdu son emploi au lendemain de Noël. Aucun préavis, ciao le grand! Un nouveau patron plein de nouvelles visions a simplement claqué des doigts. Ce faisant, il a donné toute une claque à un travailleur vaillant, loyal, qui a donné sept ans de talent à cette entreprise. Ou prenez toutes ces personnes que vous côtoyez et qui cherchent à retrouver ce sol qui, on se sait trop pourquoi, s’est dérobé sous leurs pieds.
C’est toujours la même histoire. D’abord le choc. Ensuite la colère, l’impuissance, la tristesse et la grosse réalité plate à affronter en attendant qu’elle soit doucement remplacée par une autre. Impasse. Une forme de peine d’amour. Un inconfort imposé qui questionne l’estime et creuse le portefeuille, mais qui oblige aussi à passer au travers et, éventuellement, à rebondir.
Rebondir. N’est-ce pas la leçon de base que nous inspirent tous les fous, les capotés, les aventuriers de ce monde, qu’ils soient réels ou fictifs? Ces gens qui, dans l’ordinaire, débusquent l’extraordinaire. Qui vont là où peu sont allés, qui réussissent ce que peu osent même essayer. Ces gens qui cheminent bras dessus bras dessous avec un étrange ami : le trouble. Ils ne savent jamais ce que ce compagnon trimballe dans son baluchon.
Mais demandez à n’importe quel auteur. Il vous dira qu’une bonne histoire repose sur une forme de tension, sur un élastique qui menace de péter, sur un geste difficile à poser. Sinon, ce serait sans intérêt. C’est aussi l’avis de cinq aventuriers de notre temps qui nous ont parlé de leur travail et de leur vie. Ils sont allés dans l’espace, en Sibérie, en Antarctique, en territoires occupés. Ils ont tous avancé en terrain miné. Réunis contre vents et marées dans ce numéro, ils nous donnent de l’énergie et de l’inspiration pour traverser toutes les formes d’hiver. Merci.