


Numéro du 15 avril au 15 mai 2007
Certaines personnes affirment parfois des énormités. Leur discours transporte des poids morts : des préjugés, des idées reçues. «C’est la réalité, tout le monde le sait», qu’elles disent. Pour la nuance, faudra repasser.
Leur esprit est souvent prisonnier des généralisations. Le plus malheureux, c’est qu’elles sont persuadées d’être les seules à avoir raison, à détenir LA vérité. Elles considèrent ceux qui ont une autre expérience de vie et un savoir différent comme des naïfs ou, pire, des ignorants.
Ces jugements, qui ne sont jamais sérieusement remis en question par les personnes qui les véhiculent, se propagent dans la société à la manière des virus. Ils se collent aux conversations, infiltrent les réflexions. Une fois installés dans les mentalités, ils stigmatisent des groupes de personnes, ils font des dégâts.
C’est comme le jeu du téléphone, pendant lequel des anecdotes mutent en catastrophes. Mais quand il s’agit d’idées reçues, on ne s’amuse pas. Car celles-ci déforment la réalité; elles influencent notre vision du monde, nos pensées, nos actions, tant sur le plan personnel que social.
La définition d’une idée reçue dans Wikipédia est intéressante. Je me permets d’en partager ici l’essence, comme d’autres sèment à tout vent leurs idées reçues préférées!
«Une idée reçue est entre le stéréotype, le cliché et le lieu commun. On l’a tous déjà entendue; celui qui la transmet la considère souvent comme évidemment démontrée; elle répond (le plus souvent simplement) à une question redondante, gênante ou complexe et aide donc à ne pas réfléchir. Elle est souvent fausse, à tel point que s’est formée l’expression “Combattre les idées reçues”. Cela dit, les idées reçues sont tellement intégrées dans la culture qu’il est psychologiquement et sociologiquement difficile de les contrer, même lorsque en toute objectivité, il s’agit d’énormités par rapport à la vérité et à la logique.»
Au siècle dernier, Flaubert a consacré un dictionnaire aux idées reçues, qu’il n’a pu achever avant sa mort. Aujourd’hui, des sites Web se vouent à démonter celles qui sont les plus répandues en Occident.
De notre côté, nous en avons scruté cinq qui minent l’image des travailleurs de la fonction publique, comme quoi ils seraient «payés à ne rien faire», «assis sur un job à vie», «mal organisés», «gras dur» et «trop nombreux». Eh oui, ils sont mal aimés, nos fonctionnaires! Conclusion : il y a du vrai et du faux dans ces railleries. Mais les travailleurs du secteur privé ne feraient pas forcément mieux.
Ainsi, rien n’est ni tout à fait noir ni tout à fait blanc, comme chantait l’autre. Répétons-le, comme un mantra.