


Numéro du 15 mai au 15 juin 2007
Ne cherchez pas à comprendre. C’est comme la loi de Murphy ou le char qui pète le premier jour sur la route des vacances. C’est comme à peu près toute chose dans la vie : ça ne se passe jamais comme on pense que ça va se passer.
Ainsi, ce ne sont pas ceux qui veulent devenir boss qui le deviennent, mais les autres, ceux qui n’ont rien à cirer de ces considérations. Alors, les véritables ambitieux qui, selon le Petit Robert, quêtent ardemment pouvoir et honneurs pour flatter leur amour-propre, peuvent aller se recoucher. Vous n’avez rien compris!
Ce n’est pas moi qui le dit. Ce sont les pros de la gestion et du leadership, ceux qui étudient les patrons comme des spécimens de laboratoire. Ce sont de belles bibittes, en effet. Vite comme ça, ils n’ont l’air de rien. Ils vaquent à leurs petites affaires. Comme tous les autres travailleurs, ils creusent leur trou. Et puis tout à coup, ils se déploient, se transforment. Une promotion, puis deux. Les voilà devenus patrons, des papillons voguant au-dessus de la mêlée, qui suscitent tantôt de l’admiration, tantôt de l’envie. Parfois les deux en même temps.
Car on le sait, l’humain n’est pas à une contradiction près.
D’un côté, on valorise le succès à tout prix. La première place est visée. L’argent et le bronze, c’est bien, mais ce n’est pas assez. À preuve, les gagnants sont partout dans les médias : on a d’attention, d’estime et de fascination que pour eux. On est quelqu’un ou on n’est personne.
De l’autre, on envie et méprise ceux qui se hissent, ceux qui «réussissent», ceux qui exercent un certain pouvoir sur nous et dans la société. «Mardeux», «arrivistes», «lèche-culs», entend-on à leur égard. Ceux qui dirigent ne sont jamais tout à fait au-dessus de tout soupçon. Pourquoi eux? Au fond, qu’ont-ils de plus que nous?
Or, se poser la question, c’est y répondre. Car les patrons ont la plupart du temps quelque chose en plus. Ils sont rarement devenus chefs par chance ou par magie. Et quand c’est le cas, celle-ci ne dure pas. Bientôt, la pantoufle de verre se transforme en Phentex, le prince en crapaud. Et l’histoire l’a dit, les mauvais rois passent tôt ou tard à la guillotine.
Bien qu’ils ne fassent pas toujours l’unanimité chez les employés – personne n’aime tout le monde, après tout – les boss qui durent ont tous un certain panache. Des couleurs tout le tour de la tête. Une assurance tranquille. Ils ont une énergie, une vision. Et surtout, ils ont le dos large capable d’encaisser les flèches quand ça brasse. Car, c’est surtout ça le rôle d’un bon chef; être intègre, respectueux et responsable, encourager et protéger ses troupes.
Alors, il n’y a pas de quoi sortir la hache de guerre. En tout cas, tant qu’il n’y a pas plus de chefs que d’Indiens!